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TEMOIGNAGE. Aurélien : "Le cannabis, c’est une mort à petit feu"

Dans Infrarouge : Jeunesse en fumée*, mardi 6 avril à 22 h 50 sur M6, Aurélien, 31 ans, raconte son addiction de dix-huit ans au cannabis. Sevré depuis plus de deux ans, il vit enfin.

Quels sentiments gardez-vous de ces dix-huit ans d’addiction au cannabis ?

AURÉLIEN : Je ne regrette rien parce que c’est ce qui m’a amené à ce que je suis aujourd’hui. Si je devais changer malgré tout quelque chose, j’essaierais juste de ne pas consommer autant. Je ne garde pas un sentiment d’échec, ni d’apitoiement, ni d’avoir tout foiré. Il y a eu forcément des conséquences assez dramatiques au niveau santé, financier et dans beaucoup de domaines de ma vie. Mais pendant longtemps, cela m’a également permis de survivre. C’était un refuge pour supporter les nombreux trucs pas cool vécus durant mon enfance. En fait, c’était mon échappatoire, comme un moyen de décompresser. C’était la seule solution que je voyais pour vivre.

Qu’est-ce qui vous a fait arrêter ?

Le désespoir, l’isolement, la santé, les finances, l’incapacité à conserver un travail. Au début, c’est de la mascarade. Je pensais que cela me faisait du bien mais je me suis aperçu que tant que je consommais, ma vie serait désastreuse. C’est une mort à petit feu.

Quel a été le déclic ?

La peur de mourir. Le besoin de sortir de l’isolement. Le besoin de vivre, d’arrêter d’être un esclave du produit, de mon manque, de mon obsession de consommer et de consommer encore plus. C’est un enfer. Cela rend fou.

Le cannabis est-il vraiment une drogue douce ?

Je n’aime pas les termes drogue douce ou drogue dure. Sans cette distinction, j’aurais peut-être capté plus tôt que j’avais un problème, que ce n’était pas normal de consommer ainsi tous les jours. Le cannabis n’est pas une drogue douce, c’est tout simplement une drogue.

Et comment avez-vous arrêté ?

J’ai demandé de l’aide. J’ai essayé plusieurs fois, à partir de 25 ans : centre de sevrage, centre d’arrêt total, addictologue, associations comme l’association EDVO, groupes de parole, thérapies… Fin 2018, j’ai réessayé et depuis deux ans et quatre mois, cela fonctionne. J’ai changé totalement de fréquentations et de façon de vivre. C’est un apprentissage, un peu comme une renaissance. Mais ce n’est pas un combat gagné. Je dois être vigilant en permanence, rester bien entouré et être honnête avec moi-même pour ne pas me rapprocher des produits quand cela ne va pas.

Avez-vous peur de replonger ?

Peur ? Je ne sais pas. Mais je n’en ai pas envie. Cela m’arrive de penser au produit car pour mon cerveau, c’est la première solution à tout problème. Mais cela ne me manque pas, je me sens bien sans. Je suis suivi par une association où je vais chaque semaine, et j’ai un parcours de soins. Je vois mes amis autant que je peux. Je voyage pas mal. J’ai des activités, un travail, je fais du bénévolat. Je m’occupe. Je me sens bien. Ma vie est cool, c’est génial.

*Réalisé par Andrea Rawlins et Christophe Astruc.

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