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Mais pourquoi est-il aussi mignon ? Molang, l’histoire d’un succès français

  • A l’origine un personnage créé par une illustratrice coréenne, Molang est devenu la star d’une série animée du studio français Millimages
  • La série compte plus de 200 épisodes, et est diffusée dans 200 pays à travers le monde
  • Bonheur, amitié, empathie… Molang prône des valeurs universelles dans des épisodes très courts et une animation proche du cinéma muet

Salut les collègues, j’ai une question pour vous, un test : « Molang, ça vous dit quelque chose ? » Moquoi ? Ok. Deuxième test, avec une image de Molang, gros lapin rondouillard aux joues roses. « Ah, mais oui, bien sûr, je l’ai déjà vu. » Bilan : tout le monde connaît Molang sans connaître Molang. Pour les enfants et les parents, la question ne se pose pas, ils l’ont déjà adopté depuis plusieurs années déjà, quatre saisons exactement. En effet, Molang est la star d’un dessin animé qui compte plus de 200 épisodes et est disponible dans près de 200 pays à travers le monde. Après une diffusion sur Canal+, la saison 4 est proposée depuis lundi matin dans
TFOU, l’occasion de revenir sur une success story et création française de A… de B à Z.

D’une messagerie mobile coréenne à un studio d’animation français

« A l’origine, il y a un personnage dessiné par Hye-Ji Yoon, une illustratrice coréenne, raconte Roch Lene, fondateur de Millimages, le studio derrière la série Molang. Il est utilisé sur la messagerie mobile Kakaotalk, tel un émoji, et même sans univers, décor, histoire, il est déjà charismatique. Il nous a tout de suite plu, et nous avons acquis les droits. » Nous, c’est Roch Lener et sa femme Marie-Caroline Villand, créatrice et réalisatrice de la série. Ils se disputent encore la « découverte » de Molang. « Mais Marie-Caroline a développé l’univers, inventé les histoires, et assure le développement artistique au sein de Millimages, avec des artistes et auteurs français », reconnaît son mari.

Des histoires qui se terminent toujours par un rire ou un câlin

Parmi tous les dessins, et lapins, de Hye-Ji Yoon, Marie-Caroline Villand repère un petit poussin, Piu Piu, qui apparaît de temps en temps. « Que faisait-il là, dans cet univers de lapins ? Il y avait quelque chose à faire entre ces deux-là », commente la réalisatrice. Un peu à la Laurel et Hardy. Molang raconte ainsi leurs aventures dans un monde tout rond tout mignon, et prône l’amitié, le bonheur, l’empathie. Des valeurs transgénérationnelles et universelles, et des histoires qui se terminent toujours par un rire ou un câlin.

Pourtant, le projet fait d’abord peur à la profession, le concept serait trop sophistiqué pour le jeune public. « Dans les dessins animés pour les préscolaires, les personnages sont souvent des enfants, avec des normes et les mêmes histoires de famille, explique Marie-Caroline Villand. Or, Molang n’est, par exemple, pas genré, chacun y projette ce qu’il veut. Il n’a pas non plus d’âge, peut juste s’amuser comme avoir un métier ou conduire une voiture. C’est ce qui en fait une sorte d’OVNI. » Ah, il y a aussi des OVNI.

Le cinéma muet et l’animation émotion

Molang fait aussi la différence dans sa forme, les épisodes sont courts, environ 3 minutes, et muets, ou presque. Molang et Piu Piu parlent, mais leur propre langue – le molangue ? « Nous avons quelques mots identifiables, concède la réalisatrice. Mais sinon, c’est du mime, tout repose sur l’animation. C’est pourquoi tout est fait en France. » Le choix d’une production 100 % française est à la fois économique et artistique, ajoute Roch Lener : « Pour que les histoires soient compréhensibles, touchantes, il faut une certaine alchimie, et donc une proximité entre les équipes, entre les animateurs. » Marie-Caroline Villand précise : « Il s’agit de faire passer une émotion, une sensibilité, par l’animation, et même si le dessin est simple, une bouche de travers de 1 ou 2 mm de trop, et ça ne marche plus. » Une centaine de personnes travaillent ainsi en collaboration, pour une saison de 52 épisodes par an.

Faites gaffe les Moomins

Avec la saison 4, la série évolue, gentiment. « Nous sommes passés à des épisodes de 5 minutes, explique la réalisatrice, parce que les personnages se sont étoffés, que nous avons des histoires plus fortes à raconter. » Molang et Piu Piu ne voyagent plus seulement autour de la terre mais dans le temps, et visitent toutes les époques, de la préhistoire au Moyen-Âge en passant par des coucous à Louis XIV ou Leonard de Vinci. Une manière de rappeler que le bonheur et la bienveillance n’ont pas d’âge, et de multiplier les clins d’œil historiques aux plus grands, aux parents.

Si Millimages, un studio de 30 ans, a déjà connu des succès avec Les Lascars, Didou, Mouk, rien de comparable avec le phénomène Molang. « La série représente actuellement 40 % de notre production, confie son fondateur, mais en termes de stratégie et de rayonnement, c’est plus 95 % ». L’idée est de faire de Molang non seulement la star des petits écrans, mais également des nouveaux médias, à l’instar de la plateforme de gifs, Giphy, où le lapin est l’une des 10 premières propriétés mondiales et cumule 10 milliards de vues. Voilà pourquoi les collègues connaissent Molang. Roch Len aimerait que Molang s’impose aux côtés d’autres icônes culturelles comme les Moomins, Miffy ou Hello Kitty, qui ont respectivement 75, 67 et 46 ans. Molang a 5 ans.

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