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"C’est mon film le plus important" : à 90 ans, Paul Vecchiali sort "Un soupçon d’amour", avec la sublime Marianne Basler

On lui doit les magnifiques Rosa la rose, fille publique (1985) et Once More (1988), parmi tant d’autres films, aujourd’hui Paul Vecchiali est considéré comme un des plus grands cinéastes français. En 2014, le magazine Les Inrockuptibles classait même ses films Femmes, femmes (1974) et Corps à coeur (1978) parmi les cent plus beaux de l’histoire du cinéma hexagonal, respectivement à la 28e et 99e place. 

Avec presque un film par an depuis son retour au cinéma en 2003, ce vétéran continue une carrière qu’il maintient libre et indépendant, se produisant lui-même avec sa société Dialectik. Un soupçon d’amour, en salle le 9 septembre, est son 30e long-métrage. Marianne Basler y incarne une comédienne célèbre quittant plateau et mari pour se poser avec son fils dans son village natal. À 90 ans, le cinéaste prouve à nouveau toute la vitalité de son cinéma profondément sentimental. Entretien avec cet insoumis du 7e art.   

franceinfo Culture : Un soupçon d’amour traite du travail de deuil. On dit qu’avec le temps, les douleurs passent, le propos film est pourtant tout autre…

Paul Vecchiali : J’ai perdu ma compagne et ma fille en 1955, je porte toujours ce deuil-là. Le temps amenuise la douleur mais les morts sont toujours en moi… La mort de ma mère m’a été épouvantable. C’est le plus beau personnage que j’aie rencontré de ma vie… Je lui dois tout. J’étais sous la douche ce jour-là, il était 11h30, je me suis mis à hurler et à pleurer sans savoir pourquoi. Une heure après, ma soeur m’a annoncé que ma mère était morte. Je ne crois à rien, mais je pense que les ondes existent. Il m’est aussi arrivé de sentir en dormant un personnage s’asseyant sur mon lit pour me demander de le faire exister.

C’est la sixième collaboration de Marianne Basler avec le cinéaste depuis “Rosa la rose, fille publique” en 1986, qui lui avait valu une nomination au César du meilleur espoir féminin. (Epicentre / Dialectik)

Et quel est votre rapport au temps qui passe ?

Le passé est un tremplin pour les films, car c’est l’expérience, et c’est elle qui oriente les choses. Quant au deuil, c’est toujours à virage à 90 degrés car rien n’est plus semblable d’une minute à l’autre. Mais j’ai la larme facile, alors ça permet d’évacuer beaucoup. 

Quelle place donnez-vous à ce film dans votre filmographie ?

C’est le film le plus important. Parce que j’ai mis des années avant de pouvoir le faire, parce que c’est là où j’ai le plus de choses à dire aussi. Ce qu’il y a dans ce film, c’est mon état depuis plus de soixante ans. J’ai toujours voulu raconter cette histoire, mais je cherchais un acteur pour jouer mon rôle, et je ne le trouvais pas. Puis j’ai eu l’idée de reporter le rôle sur une femme et de le proposer à Marianne Basler. À partir de là, en trois jours, le scénario était écrit. Mais mon film le plus abouti reste Once more. 

Vous dîtes qu’il est important de voir ce film deux fois, comme tous les autres d’ailleurs, pourquoi ?

Parce que c’est un film rempli de secrets. Et de manière générale, il faut attendre qu’un film soit fini pour en avoir la synthèse et en faire l’analyse, à la différence d’un tableau par exemple, où la synthèse est de suite sous nos yeux, et où l’analyse peut se faire immédiatement. C’est pourquoi les critiques et les cinéphiles devraient revoir chaque film une seconde fois pour faire des analyses justes.

Vous parlez de ce film comme votre dernier… Vraiment ?

J’ai mis un point d’interrogation dans le dossier de presse! (Rires). J’ai un nouveau projet pour l’an prochain mais avec le Covid, rien n’est sûr, pourtant je devrais avoir un budget plus important cette fois, 400 000 €, le double de celui-ci. Il sera chanté, et portera sur un cabaret de travestis sur une plage de Ramatuelle. Il y aura Pascal Cervo et Ugo Broussot au générique.

À 90 ans, Paul Vecchiali ne s’arrête jamais. Il a déjà en tête son prochain long-métrage, qu’il espère tourner en janvier prochain. (Jonathan Trullard)

Votre carrière s’est faite en toute indépendance, quel regard portez-vous sur le milieu du cinéma ?

C’est un métier fait d’hypocrisie et de jalousie, ce n’est pas un métier qui me plaît, mais je suis arrivé à le faire à ma manière, heureusement. Quant au milieu, il est épouvantable et se divise en deux : tout en haut se trouvent les gens qui ont les moyens, les grands producteurs, Gaumont, UGC, tout ça, et qui se passent des projets mais font barrage à quiconque pointe son nez. Dans le bas, on trouve les cinéastes indépendants, qui se mitraillent entre eux pour arriver à monter l’échelle. C’est un milieu où la solidarité n’existe pas, et si elle existe, elle est suspecte. 

Vous êtes-vous senti affaibli par les refus que vous avez essuyé, notamment par le CNC ?

Oui, mais je suis arrivé à en acquérir une espèce d’indifférence, qui reste nuisible et néfaste mais qui est aussi devenue une force. 

Vous regardez deux à trois films par jours. Que pensez-vous du cinéma français actuel ?

Il n’existe plus de cinéma d’auteur en France. La mise en scène est en mode automatique, champs, contre-champs, point barre. Il y a une fausse cadence car plus personne ne se préoccupe de l’écriture filmique, c’est-à-dire celle qui impose que chaque plan dépende de l’ensemble. Il n’y a que le réalisateur Laurent Achard aujourd’hui qui a gardé cela. Quant aux acteurs, ils n’articulent plus, comme s’ils avaient envie de chier… Mais il y en a avec qui je rêverais de tourner, Leïla Bekhti par exemple, que j’aime beaucoup. Et c’est pas trop tard !

“Un soupçon d’amour”, 30e long-métrage de Paul Vecchiali, en salle le 9 septembre. (Epicentre / Dialectik)

La fiche

Genre : Drame
Réalisateur : Paul Vecchiali
Acteurs : Marianne Basler, Fabienne Babe, Jean-Philippe Puymartin, Ferdinand Leclère
Pays : France
Durée : 1h32
Sortie : 9 septembre 2020
Distributeur : Epicentre

Synopsis : Geneviève Garland, une célèbre comédienne, répète Andromaque de Racine, avec pour partenaire son mari André. Elle ressent un malaise profond à interpréter ce personnage et cède son rôle à son amie Isabelle qui est aussi la maîtresse de son époux. Geneviève s’en va avec son fils malade dans son village natal. Elle semble fuir certaines réalités difficiles à admettre.

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