Be Kind, Rewind : L'histoire des dernières VHS

La VHS a été la reine des salons et le Netflix d’une génération, avant de disparaître à l’aube des années 2000.  Retour sur les dernières années de la vidéocassette culte, et sur les derniers films sortis sur le support.

Elle ne vous dit peut-être pas grand chose, mais la “cassette vidéo” a été à une époque le Netflix de toute une génération. Pour beaucoup, ces grosses briques noires ont été à l’origine des premiers souvenirs de cinéma, et inondaient alors les meubles TV et les étagères. La VHS (ou Video Home System) a régné ainsi en monarque incontesté sur le marché vidéo – et dans les salons – pendant près de 30 ans. Il faut dire qu’à son arrivée sur le marché de masse dans les années 70, la vidéo est un véritable coup de tonnerre. Ces cassettes de bandes magnétiques bouleversent complètement l’industrie du cinéma et de la télévision, en proposant au public d’enregistrer la télévision et de regarder ses programmes préférés chez soi. Retour en arrière sur cette véritable révolution.

La révolution VHS

Inventé par JVC en 1971 puis commercialisé à partir de 1976, le format VHS s’est rapidement imposé comme le standard vidéo pour le grand public. Pourquoi donc ? Le format proposait alors une durée d’enregistrement bien plus longue et bien moins chère que les cassettes concurrentes, telles que la Betamax de Sony et le VCR de Philips. Les gros studios reniflent le filon, et commercialisent rapidement leurs films et séries en vidéo. En 1977, les premiers programmes américains à ainsi avoir droit à leurs briques sont La Mélodie du bonheur, Patton et la série MASH. Mais ce nouveau loisir à un prix : une cassette coûte à l’époque entre 190 et 270€.

Pendant près de 30 ans, ce nouveau marché juteux va créer la mode des vidéo-clubs, inventer de nouvelles habitudes (“soyez sympas, rembobinez !”), et générer de plus en plus de recettes, allant même jusqu’à dépasser dans certains cas celles engendrées par le cinéma. Avec ses 32 millions de VHS vendues, Le Roi Lion a ainsi encaissé 520 millions de dollars de recettes en vidéo, et est le film le plus vendu sur ce format. Pour l’accompagner dans le top 10 des best-sellers : Blanche-neige et les sept nains (27 millions), Aladdin et Titanic (25 millions), Independance Day ou encore Jurassic Park (21 millions) !

DVD et déclin

À la fin des années 90, le DVD apparaît avec ses menus interactifs, sa qualité d’image et sa capacité de stockage largement supérieures. Soudainement, devoir rembobiner une cassette à chaque visionnage ne devient plus si intéressant, et le nombre de VHS louées dans le monde passe de 6 milliards en 1994 à 500 millions en 2006, année de l’arrivée du Blu-ray. Le Monde de Nemo devient alors le plus gros succès du marché DVD, avec 39 millions de galettes vendues, et les grands studios ne passent bientôt plus par la case “cassette”. Mais quels ont été les studios qui ont décidé le contraire ? Et quels sont les tout derniers films à être sortis en VHS ?

La dernière VHS

Les derniers films à avoir eu droit à leur brique noire sont sortis au début de l’année 2006. Cette année-là, Orgueil et Préjugés (avec Keira Knightley), Doom (avec The Rock), La Légende de Zorro (avec Antonio Banderas) ou encore le gore Saw II apparaissent alors comme les derniers représentants d’une ère révolue. Un choix qui n’est pas totalement absurde : à cette époque, près de 100 millions d’américains ont encore un magnétoscope chez eux. Le 14 mars 2006, le support VHS connaît la sortie de son dernier grand film américain : A History of Violence. Réalisé par David Cronenberg, ce thriller avec Viggo Mortensen est l’ultime et magnifique soubresaut d’un format qui aura enchanté les salons pendant 30 ans. Mais tous ces films ne sont pourtant pas les derniers représentants de la VHS… car celui-ci est français !

En 2008, auréolés du succès de Bienvenue chez les Ch’tis et de ses plus de 20 millions d’entrées, Dany Boon et le producteur Pathé font un choix étonnant : en plus des DVD et des Blu-rays, ils décident de sortir le film sur 20 000 VHS ! Une décision loin d’être idiote : l’acteur-réalisateur pense à tous les français – notamment les plus âgés – qui n’ont à l’époque pas encore de lecteurs DVD et se jetteront sur la cassette sans rechigner. Au-delà de ce pragmatisme commercial, Dany Boon avoue un petit caprice nostalgique : “Je trouve cela amusant, car c’est peut-être le dernier film qui sortira en VHS !”.

Depuis 15 ans, la VHS est devenue un objet vintage culte, et ses défauts sont maintenant des charmes attendrissants. Malgré l’arrêt officiel de sa fabrication en 2007, les briques noires ne meurent pas tout à fait, et pendant que certains s’amusent à imaginer des jaquettes VHS de films récents, sur Internet, certaines cassettes se revendent à prix d’or. Ainsi, certains Disney de la fameuse collection “Black Diamond” valent parfois des milliers de dollars, tels que La Petite Sirène (999$), Rox et Rouky (1495$) ou encore La Belle et la Bête (5000$) ! Un engouement qui permet de nous poser la question : à l’instar du vinyle, la VHS peut-elle aussi renaître de ses cendres ? En tout cas, allez jeter un œil dans vos cartons, vous pourriez être assis sur des pépites inestimables.

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