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Avec 400 films attendus, la guerre des salles aura bien lieu

  • Les salles de cinéma vont rouvrir le 19 mai prochain.
  • Plusieurs centaines de films se sont accumulées sur les étagères des distributeurs depuis la fermeture en octobre dernier.
  • De quoi provoquer un véritable casse-tête pour la programmation des sorties, mais aussi offrir une belle diversité d’œuvres au public.

C’est la reprise ! Ce cri a fait vibrer la planète cinéma ! Les salles vont rouvrir à partir du 19 mai prochain et le soulagement est palpable chez des professionnels privés d’activité depuis le 30 octobre dernier en raison de la pandémie de Covid-19. « Nous nous trouvons face à un mur de films : environ 150 films français et 250 films étrangers », prévient la ministre de la Culture Roselyne Bachelot dans le
Film Français, en assurant « faire confiance à la responsabilité de tous pour parvenir à un calendrier concerté des sorties. »

Il n’en reste pas moins que 400 longs-métrages vont devoir trouver leur place, sachant qu’on enregistre en temps normal qu’une quinzaine de sorties par semaine. « C’est la guerre, mais c’est une bonne guerre », confie à 20 Minutes Samuel Merle, programmateur parisien des
5 Caumartin, de l’
Elysées Lincoln et des
7 Parnassiens.

Progressivement mais sûrement

La réouverture progressive avec une jauge à 35 % de la capacité des salles le 19 mai prochain, élargie à 65 % le 9 juin, pour revenir à 100 % le 30 juin, rend les choses compliquées. D’autant plus que le couvre-feu à 21 heures limite encore le nombre des séances. « On ne pourra pas tenir plus de trois semaines à 35 %, insiste Samuel Merle. Surtout à Paris, où les salles offrent souvent moins de 100 places. » L’idée que le public puisse rentrer chez lui après 21 heures sur présentation de sa place de cinéma semble enterrée et les exploitants déplorent aussi que la vente de la confiserie demeure interdite jusqu’au moment de la réouverture des restaurants, prévue pour le 9 juin.

Un choix énorme

Contrairement à la précédente réouverture, le 22 juin dernier, les exploitants ont cette fois un choix énorme dans lequel piocher. « Il faut positiver, martèle Amel Lacombe d’Eurozoom qui sort deux films d’animation japonais, On-Gaku: notre rock et
Violet Evergaden, dès le 19 mai. Nous repartons sur une page blanche, sans aucun film dans les salles. Si tout le monde se montre correct, même les films de petits distributeurs comme moi devraient trouver leur place. » Jean-Jacques Rue, programmateur à
Urban Distribution, distributeur indépendant qui attend l’été pour sortir
La Saveur des coings et Sweet Thing, est moins optimiste. « C’est la logique du canot de sauvetage : quand tout va bien, la solidarité prévaut dans le milieu du cinéma et quand on fait naufrage, tout le monde veut monter à bord en tapant sur la tête des copains », précise-t-il.

Un casse-tête de programmation

Car dans la réalité, distributeurs, programmateurs et exploitants jouent à Tetris pour faire rentrer le plus de films possible dans les salles. « Le plus dur est d’essayer d’anticiper les goûts du public qui ont sans doute changé pendant les confinements, insiste le programmateur de salles Manuel Merle. Si le rapport de force existe toujours face aux distributeurs des films, il s’est inversé parce qu’ils ont besoin de nous. » Il attend que le calendrier soit définitivement calé avant de faire son choix, les distributeurs ne cessant de faire évoluer les dates de sortie de leurs films en fonction des annonces de leurs concurrents.

S’adapter au marché

« Il faut être réactif et s’adapter au marché, estime Xavier Albert, président d’Universal France. Nous ne forcerons pas la main aux exploitants de salles, même si nous devons nous montrer plus exigeants dans les négociations pour Fast & Furious 9 prévu pour le 14 juillet. Ce film peut faire bouger le marché, mais le studio court un vrai risque en le sortant dans le monde entier alors que la pandémie n’est pas finie. » Xavier Albert pense surtout que ce sont les films français qui vont entrer en concurrence cet été : « Ce sera une grande première car ils sortaient rarement durant cette période. » Lui-même est concerné cette année puisqu’Universal sort le 30 juin Présidentsd’Anne Fontaine, dans lequel la branche française du studio a largement investi.

Une aubaine pour les spectateurs

« C’est la jungle, soupire Alejandro Fourrier, directeur de L’Empire à Paray-le Monial en Bourgogne. J’espère pouvoir obtenir pour mes salles quelques gros films dès leur sortie, car si on me les donne plus tard,
le piratage en aura largement écorné le potentiel commercial. » Comme ses collègues exploitants, Alejandro Fourrier s’ingénie à trouver la formule pour satisfaire à la fois les spectateurs et une trésorerie mise à mal par des mois de fermeture. Pour autant, l’enthousiasme reste au rendez-vous. « La réouverture des cinémas est galvanisante pour les exploitants et une chance formidable pour le public », déclare Gérard Lemoine, directeur du
Cinépal à Palaiseau (92), pour qui cet embarras du choix des films est à prendre comme une invitation à retourner dans les salles car chacun pourra trouver un film à son goût.

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