Musique

Les cent jeunes chanteurs de la Maîtrise de l’Opéra-Comique fêtent l’été, de Bizet à Leonard Cohen : un concert à voir ce soir sur France.tv/Cuturebox

C’était mercredi après-midi, le 24 juin, un concert privé où les jeunes chanteurs de la Maîtrise de l’Opéra-Comique revenaient devant un public, comme pour afficher le désir d’une reprise dès que possible de la Salle Favart. Une inversion scénique passionnante, dont on espère pourtant qu’elle ne sera pas le quotidien de l’automne.

Les chanteurs à l’orchestre et aux étages

Car le public était sur scène et les jeunes chanteurs emplissaient l’orchestre et tous les étages de l’Opéra-Comique, en respectant évidemment les mesures-barrières, ce qui non seulement était tout à fait possible dans un si grand vaisseau mais permettait aussi des effets “stéréo” très intéressants qu’ils n’auraient pu obtenir, groupés en formation chorale normale.

Les jeunes chanteurs de la Maîtrise populaire de l’Opéra Comique, le 24 juin.  (STEFAN BRION / OPERA COMIQUE)

Programme éclectique, mêlant belle variété et airs classiques, œuvres pour tout le chœur ou morceau pour quelques-uns : la très jolie mélodie Renaissance Il est bel et bon chantée à quatre voix par des “grands” (20 ans ou plus) car la Maitrise accueille des jeunes de 8 à 25 ans. La soprano d’Il est bel et bon se signalant ensuite dans le grand air de Carmen (L’amour est enfant de Bohème) que même de plus fameuses ne réussissent pas aussi bien.

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C’est dire la qualité de cette formation, sous la houlette souriante mais exigeante de la cheffe Sarah Koné (relayée pour certains morceaux par Clara Brenier), qui réunit en particulier, sur la centaine de chanteurs (600 auditionnés début mars), 60% venus des Z.E.P. Accueillis par la suite dans des classes à horaires aménagés avec une formation d’excellence aux arts de la scène, pas seulement le chant mais aussi la danse, le théâtre (certains étaient sur scène pour l’ouverture du festival d’Avignon 2018 dans le Thyeste de Sénèque mise en scène par Thomas Jolly), le mime, les claquettes, la langue des signes…

Evidemment -et cruellement- envolés leurs espoirs d’être sur la scène de l’Opéra-Comique dans le Don Quichotte version pour jeune public d’après Massenet, dans le Macbeth Underworld, dans Le voyage dans la lune que Laurent Pelly avait adapté de Jules Verne, dans cette Carmen venue de Chine qui devait être jouée ces jours-ci, d’où une Garde montante chantée avec une joie et une ardeur confondantes par toute la troupe ou ce Quadrille qui ouvre l’acte 4, d’une difficulté extrême avec toutes ces “entrées” qui se chevauchent, accompagné avec talent par deux pianistes pleines de verve et très différentes, citons-les, elles le méritent : Anna Krempp et Katia Weimann !

Moment de magie

Et nous, donc, assis, une cinquantaine, sur la scène, journalistes, musiciens (Sonia Wieder-Atherton, très attentive, à côté de nous), officiels. Et tous, au final, séduits par ce moment de magie où cette musique live qui nous avait tant manqué s’incarnait de nouveau devant nous.

D’un beau et étrange air finlandais qui ouvrait le concert (voix magnifique d’une toute jeune fille) à un Plaisir d’amour nettoyé de tout son sucre, d’un Only you avec le timbre superbe, dominant le chœur, d’un ténor dans la vingtaine aux résonances assez rares, donnant une vraie profondeur à sa voix, à ces Purcell ou Rossi (contemporain de Monteverdi) venus du fond de la mémoire, d’un Terzetto de l’Orage d’Offenbach certes pris un peu trop vite à l’Hallelujah de Leonard Cohen jouant de la “spatialisation” du théâtre pour donner à ce petit chef-d’œuvre une très belle ampleur, chacun y mettait son caractère dans un véritable esprit de troupe (théâtrale), les uns concentrés et sages, les autres si heureux d’être là, comme ce petit jeune homme de quelque dix ans que nous avions dans notre ligne de mire, qui regardait la cheffe en la dévorant des yeux, se retenant si difficilement de chanter quand ce n’était pas son tour, et si heureux et si détendu quand… “ça y est, c’est à moi… enfin ! quel pied !”.

Les jeunes chanteurs “galvanisés”

“J’avais très peur”, nous confiait la cheffe Sarah Koné. “Je ne savais pas du tout comment j’allais les retrouver après une interruption si particulière et tant d’annulations de si beaux projets… espérons provisoires. Mais en fait ils ont été galvanisés. Galvanisés par le bonheur de rechanter et aussi la magie de la scène…” 

Même si cette scène était ce jour-là une salle… Qui avait appris le matin même la reconduction pour trois ans de son directeur, Olivier Mantei. Un hasard, mais l’Opéra-Comique était en fête aussi pour cela. 

Concert de la Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique, de Bizet à Leonard Cohen, sous la direction de Sarah Koné. Opéra-Comique, public sur le plateau, chanteurs dans la salle, le 24 juin.  En diffusion sur France.tv/Culturebox le 28 juin.

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