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TEMOIGNAGE. Marine Martin : ”Dans le scandale de la Dépakine, je ne lâche rien ”

Maman de deux enfants autistes après la prise de l’antiépileptique Dépakine pendant ses grossesses, Marine Martin se bat au quotidien contre le laboratoire Sanofi. Le combat d’une vie à découvrir sur Arte, mardi 15 septembre à 20h50, dans le documentaire Big Pharma : Labos tout-puissants.

Comment vont vos enfants aujourd’hui ?

Marine Martin : Nathan a 18 ans. Je crois qu’il est heureux malgré tout. On m’avait dit qu’il n’atteindrait jamais la 6e, il vient d’avoir son bac. On appréhende son entrée à l’université car, jusqu’à présent, il avait une auxiliaire de vie scolaire avec lui. Il est très solitaire au niveau des interactions sociales et il a des problèmes de repères dans l’espace. Salomé a 21 ans. Elle est moins touchée et s’en sort mieux. Elle vient de finir sa licence de maths et veut devenir prof. Elle a aussi écrit un livre de fantasy. Je suppose que voir leur maman se battre et changer les lois leur donne la force d’essayer de mener à bien leurs projets, de ne pas avoir peur de tenter des choses.

Ce combat a changé toute votre vie…

J’ai découvert le lien entre la Dépakine et l’autisme de mes enfants en 2009. J’ai créé l’Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant (Apesac) en 2011. La médiatisation m’a obligée à faire un choix. J’étais responsable logistique dans le fret. Il y a eu un plan social dans ma société, j’y ai vu un signe. Depuis 2013, je donne tout pour l’association. Aujourd’hui, je gère 7 000 victimes de la Dépakine. J’ai fait bouger tellement de choses, changé des lois, mis en place des fonds d’indemnisation des victimes… Ça en vaut la peine.

Rien ne vous a préparé à devenir une lanceuse d’alerte…

Et j’ai fait des erreurs. J’ai commencé par contacter les centres médicaux pour faire changer les choses par la base. Il faut en fait changer les lois. C’est comme ça que j’ai réussi à faire imposer le pictogramme de la femme enceinte sur les boîtes de médicaments. J’ai appris que la seule chose qui fait avancer les politiques, c’est leur image et la presse. Je fais pression sur eux en menaçant de les dénoncer dans les médias. Quand j’arrive avec des caméras de télévision, bizarrement, on me reçoit. Je suis désormais entendue.

Quelle est l’urgence aujourd’hui ?

Que les victimes soient indemnisées pour être soignées correctement. Les parents sont au bord de la crise de nerfs, il leur faut les moyens d’avoir quelqu’un pour les aider et les soulager au quotidien. Ces femmes épileptiques ont des enfants extrêmement malades.

Entre la maladie de la mère et celle de l’enfant, c’est ingérable.

Êtes-vous parfois découragée ?

Ils essaient de m’avoir à l’usure, mais j’ai de la ressource. Me retrouver devant l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) ou le ministère de la Santé ne m’impressionne pas. À l’Assemblée nationale, ils me connaissent. Certains me craignent car ils savent que j’ai la presse avec moi et que je l’ai compris. Et puis j’arrive avec toutes les familles derrière moi, et ça, ça me porte. Je ne lâche rien.

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