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"Queens" : Jennifer Lopez magnétique en cheffe de strip-teaseuses arnaqueuses

En salle le 16 octobre, "Queens" raconte l’histoire vraie de strip-teaseuses qui ont arnaqué des hommes de Wall Street après la crise financière de 2008. Avec un casting béton et Jennifer Lopez en leadeuse charismatique, le film dégouline de "girl power" façon Robin des bois, un peu trop marketé.

L’histoire aurait pu rester cantonnée à la rubrique “faits divers”. Mais une enquête de The Cut, publiée en 2015, en a fait une légende. Queens, en salle le 16 octobre, s’inspire de l’histoire vraie de stripteaseuses qui droguaient et arnaquaient des hommes d’affaires de Wall Street au début des années 2010.

Le krach boursier de 2008 ayant fait dégringoler la fréquentation de leur club, elles avaient décidé d’y traîner par tous les moyens des hommes, alpagués au détour d’un cocktail chargé d’un mélange maison de drogues, puis de leur faire payer des sommes astronomiques par carte au sein de l’établissement. 

“Cette histoire parle de contrôle”. C’est la première phrase prononcée par Constance Wu dans Queens, en salle le 16 octobre. Celle qui a été popularisée par Crazy Rich Asians (2018) campe Destiny, ancienne stripteaseuse qui a fait partie d’une bande ayant arnaqué de riches hommes d’affaires de Wall Street après la crise financière de 2008. 

Si le film est raconté de son point de vue, Destiny n’était pas la meneuse. La meneuse était Ramona, ici incarnée par Jennifer Lopez. À 50 ans, la popstar et star du cinéma signe l’un de ses meilleurs rôles en incarnant une forte tête charismatique qui inspire les autres stripteaseuses autour d’elle. L’Américaine s’est entraînée pendant un an pour peaufiner sa routine de danseuse de poledance, et ça a payé : sculpturale, ses mouvements de danse sont divins et captivants. Certains plans sont voués à devenir cultes. 

Jennifer Lopez exulte d’une aura de cheffe de bande bling-bling, emmitouflée dans des fourrures, constamment perchée sur des plateformes de dix centimètres de haut, faux ongles, piercing au-dessus de la bouche et lèvres relevées de gloss nude pour compléter le tout. Impressionnante, elle se fait pourtant accessible en étant gentille avec tout le monde. Rapidement, on a envie d’être sa meilleure amie. 

En plus de son assurance, ce qui fait de Ramona une leader est aussi son intelligence. Rodée, elle sait ce que veulent les clients des clubs de striptease. Du fantasme pré-mâché, l’impression d’être unique, de plaire. Il faut jouer, et se jouer d’eux. Et garder une distance. Cette science, Ramona l’enseigne à la petite nouvelle, Destiny, qui la regarde avec des millions d’étoiles dans les yeux. 

On rit lorsque Ramona et Diamond (Cardi B) lui montrent les rudiments du pole dance, une vraie discipline demandant précision et laisser-aller. De là se construit une complicité entre ces femmes qui vire, peu à peu, vers l’esprit de gang malsain. 

Dans Queens, le striptease est un travail comme un autre, qui permet aux personnages de payer leur loyer, de belles voitures, rembourser leurs prêts. Plus que des collègues, elles semblent former une famille, bienveillantes les unes envers les autres. De quoi humaniser une profession souvent mal considérée. 

Si bien que l’hypersexualisation des personnages est clairement cantonnée à leur activité professionnelle. Mais le glamour de Ramona pousse Destiny à troquer ses habituels joggings en velours pour des tenues plus sexy. En comprenant les codes du pole dance, elle devient plus assurée, et s’élève rapidement au rang de bras droit de Ramona. 

Mais lorsque les traders se retrouvent sans emploi du jour au lendemain, la répercussion est terrible sur le club. Les employées perçoivent moins d’argent, les clients restants sont affreux car ils se savent en position de pouvoir, et réclament des services sexuels, ce qui est contraire à la politique du club.

Ramona finit par passer à la vitesse supérieure : draguer, puis droguer et dilapider ceux qui tombent dans leurs filets. Le piège ultime se referme sur les victimes : qui oserait se plaindre auprès de la police ne pas se souvenir d’avoir dépensé 15.000 dollars en une soirée dans un club striptease ? Leur secret n’en serait alors plus un. C’est la honte qui les coince. 

Alors que le doute s’installe, Ramona tape du poing sur la table et se présente en Robine des bois version sexy : voler ces hommes est un juste retour des choses, une maigre compensation face à leur oppression, et au système économique injuste qu’ils entretiennent. 

D’un coup, l’arnaque des stripteaseuses revêt un côté plus politique. C’est l’argument libéral d’une frange des féministes modernes, surtout aux États-Unis : prendre sa liberté en étant avant tout indépendant financière. L’argent donne de la puissance, et de l’autonomie. C’est aussi pour cela que les stripteaseuses du film se font parfois enfantines devant certains hommes, leur faisant croire qu’elles ont besoin d’eux pour subvenir à leurs besoins, à la manière d’un “sugar daddy”, ces hommes qui entretiennent des femmes plus jeunes qu’eux. En jouant à être des demoiselles en détresse, elles se vengent de leur vision caricaturale, paternaliste, d’elles. 

Avec cette vision, Queens est exaltant. Le film se regarde comme Loup de Wall-Street sexy et porté par une bande-originale avec une enfilade de tubes (Usher, Lorde, …), mais pousse quand même à se mettre à la place de ces femmes qui sont plus que des corps.

Cependant, le message manque parfois de subtilité, et la brouille entre Ramona et Destiny, pourtant sous-entendue tout au long du film, est mal expliquée. Enfin, on est déçu de constater que les chanteuses Lizzo et Cardi B, elle-même ancienne stripteaseuse, assurent, en fait, des rôles minimes, contrairement à ce que laissent entendre l’affiche et la bande-annonce. Victimes du marketing, nous aussi. 

Queens, de Lorene Scafaria, avec Jennifer Lopez, Constance Wu, Lili Reinhart, en salle le 16 octobre

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