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Petite histoire des protections hygiéniques

Les alertes sur la précarité menstruelle rappellent à quel point les protections hygiéniques peuvent être un souci pour de nombreuses personnes. Ces protections ont souvent reflété la condition non linéaire des femmes dans l’histoire.

La vidéaste Charlie Danger et la journaliste Élise Thiébaut ont popularisé avec leurs ouvrages l’histoire des protections hygiéniques. Le travail de ces deux femmes, l’une dans la vidéo “Les règles dans l’histoire”, l’autre dans le livre “Ceci est mon sang” montre que l’histoire de ces protections reflète la condition féminine. Cette histoire est assez étonnante et passionnante.
Comment cela se passait lors des menstrues à la Préhistoire ? L’anthropologue Chris Knight, cité par Élise Thiébaut pense que les femmes devaient s’isoler durant leurs règles. Cependant, cela semblait être un moment de connexion avec la nature, contrairement à ce qui peut se passer dans les sociétés où la pratique est toujours en vigueur aujourd’hui.
Dans l’Antiquité, en Égypte, les femmes sont considérées comme complémentaires aux hommes. Leurs règles sont considérées comme impures mais naturelles. Côté protection, elles sont internes : des bandes de matières textiles sont enroulées sur elle mêmes et placées à l’intérieur du vagin.
Sur le pourtour de la Méditerranée et notamment en Grèce Antique, on considère également les règles comme impures. Cependant cela reste un phénomène naturel très important, car marqueur de la sexualité et de la fertilité des femmes.

Disparition des protections à la fin de l’Antiquité

Le Moyen-Âge en Occident est une histoire de graduelle emprise de la religion sur les femmes, considérées comme des pécheresses impures. Inconcevable donc de s’introduire quoi que ce soit dans le vagin. À cette époque, il n’y a pas de sous-vêtements, et les femmes pratiquent donc le flux instinctif libre : elles retiennent leur sang jusqu’à ce qu’elles puissent trouver un moment pour aller le relâcher. On essuyait donc le sang sur ses cuisses et on se lavait les jambes. Pour les plus aisées, un jupon spécial, voir un “chiffon” ( linge de coton à cet effet) était maintenu avec des ceintures de tissus enroulées sous les jupes, culottes fendues et jupons.
Tout ceci était donc fait maison, pas question de commercialiser de tels produits ! À partir du 19e siècle, la machine à filer le coton permet de produire plus d’étoffes, et de les démocratiser. On vend alors des serviettes de tissu absorbant, retenues à une sorte de ceintures par des épingles à nourrice. Rien de très pratique mais cela permet au moins de ne plus en mettre partout sur ses vêtements.
Au 20e siècle, avec les débuts d’émancipation des femmes, les protections commencent à devenir plus pratiques.

Vers des protections pratiques et sans tabous

Les première serviettes jetables viendraient d’une idée d’infirmères de la Première Guerre Mondiale qui les confectionnent avec de la ouate enroulées dans des compresses de gaze. Les tampons modernes sont quant à eux conçus dans les années 1930 par le médecin Carl Cleveland Haas qui seront commercialisés sous la marque Tampax. Il s’inspire des éponges menstruelles, utilisées par une de ses amies. Les éponges menstruelles sont une alternative aux tampons encore utilisées de nos jours.
À cette époque, il y une réticence sociale très forte à ce que les femmes s’introduisent le doigt dans le vagin. Ceci explique l’apparition des applicateurs sur les tampons et le faible développement de la cup menstruelle, pourtant connue depuis les années 1860. De plus, beaucoup sont persuadé qu’un tampon peut faire perdre sa virginité à une femme. L’occasion de rappeler ici que le concept de virginité vu comme un hymen intact est peu fiable et nourrit de dangereux préjugés. L’hymen peut être endommagé lors d’activités sportives, et la valeur d’une femme ne repose pas sur le fait qu’elle ait ou non des relations sexuelles. A partir des années 60, les françaises peuvent acheter en magasin des serviettes hygiéniques jetables, qui se perfectionnnent pour devenir de plus en plus pratiques.
Aujourd’hui, le débat autour des règles et des protections menstruelles restent vifs. Les règles sont toujours considérées comme quelque chose dont il ne faut pas parler, qu’il faut cacher. C’est pourtant le quotidien de nombreuses femmes plusieurs jours par mois pendant en moyenne quarante années de leur vie !
Aujourd’hui de nombreuses femmes se tournent vers des alternatives plus écologiques et économiques aux protections jetables : cup, culottes menstruelles, serviettes lavables.
Ces protections coûtent cependant toujours aussi cher, et de nombreuses voix s’élèvent pour les rendre gratuites. Aufeminin a écrit une tribune à ce sujet, et le gouvernement a lancé une expérimentation de gratuité qui verra le jour en septembre 2020.
Quel est le futur des protections hygiéniques ? Voilà un sujet qui mérite également débat !

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