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L’envers du décor du batch cooking

Des menus sains au jour le jour pour “seulement” deux heures de travail dominical et quinze minutes de finition les soirs de la semaine. Comment ne pas céder aux sirènes du batch cooking ? La théorie de la “cuisine par lots”, c’est un peu comme les livres des grands chefs : séduisante sur papier, vite déprimante dans la réalité.

L’idée ? Comme nous n’avons pas toujours le temps de mitonner le dîner en rentrant du bureau, ni l’envie de finir devant l’énième assiette de pâtes ou un plat industriel, on prend donc en mains nos destins nutritionnel et économique en retroussant nos manches le dimanche.

Listes de courses, planning des recettes, matériel et placard de base, astuces… les rayons de librairie regorgent d’ouvrages pratiques bien conçus et optimistes. Pictogrammes malicieux et stylisme culinaire sympa mais pas trop compliqué nous rassurent. Instagram en remet une couche… Bingo ! Nous voilà dimanche 16 heures face à trois kilos de légumes, volonté d’acier et bande-son raccord.

Sauf que trois heures plus tard, on piétine encore devant le plan de travail à la dérive, une montagne de vaisselle, les plaques à récurer et les dix préparations – trop cuites pour certaines – à faire entrer au chausse-pied dans le frigo. Le bas du dos en ruine, on a juste envie de boucler le caquet à la sono et de se caler dans le canapé avec un junk apéro. Don’t acte.

Accepter de sacrifier ses dimanches

Après l’épreuve du feu, doit-on pour autant enterrer nos vœux pieux avant d’avoir vraiment commencé ? Accrochez-vous, le jeu en vaut la chandelle, scandent les pros ! “Les personnes qui n’ont pas l’habitude de cuisiner y passeront effectivement, au départ, plus de temps le week-end”, convient Orathay Souksisavanh, auteure de Mes premiers pas en batch cooking. Lunch box (Marabout).

Lenteur des découpes, apprentissages des cuissons et des sauces… la styliste culinaire admet que les débutantes doivent accepter de passer par la case maladresse et états d’âme pour profiter à terme des bienfaits du batch cooking. “Il est normal de se sentir un peu perdue au début. Vous allez développer des réflexes et vous irez de plus en plus vite avec la pratique”, confirme Zoé Armbruster. Selon l’auteure de Batch Cooking simplifié & healthy (Mango), avant que le système roule, il faut acquérir pas mal d’organisation. Oui, mais à quel prix ? 

Réorganiser sa cuisine a un coût

Quid du matériel ? “Une personne seule peut s’en sortir avec un petit frigo, mais un couple ou une famille devra probablement investir”, précise Orathay Souksisavanh. Pour les contenants, Zoé Armbruster conseille de récupérer un maximum de bocaux et bouteilles en verre de toutes tailles pour stocker sauces, soupes et boissons. Une assiette à l’envers peut aussi faire office de cloche.

“Les Tupperware® et autres contenants rationalisés permettent toutefois d’être empilés et de gagner beaucoup d’espace”, souligne Orathay Souksisavanh. La constitution d’un placard de base (sauces, huiles, graines…) implique aussi une mise de fonds, que l’on peut cependant considérer comme une épargne. “Par ailleurs, avoir toujours des aliments sains prêts à être consommés évite les dérapages”, argumente la nutritionniste et naturopathe, Géraldine Person. 

Et la charge mentale ?

Autre stratégie payante : mettre toute la maisonnée à la pluche une heure le dimanche. Le rituel peut même rapprocher la famille et instaurer de bonnes habitudes chez les enfants. “J’ai tout essayé avec mon mari, c’est peine perdue”, lâche Laëtitia. “Ma fille de onze ans m’aide parfois à préparer trois légumes et à peser les ingrédients mais je ne veux pas l’accabler à son âge, donc j’assume la majorité du travail seule”.

Dans les couples où les tâches du quotidien reposent déjà trop sur les épaules des femmes, le batch cooking se révèle un agent aggravant de la charge mentale.

Halte au radicalisme !

Pas besoin d’être stakhanoviste ! Orathay Souksisavanh invite à pratiquer à la cool, en suivant ses envies. Il est tout à fait possible de préparer les repas pour deux, voire trois jours et d’opter pour des plats simples (pâtes, raviolis bio gratinés au four) un soir sur deux.

“Au départ, je faisais tout bien, jusqu’au pain sans gluten ; résultat, j’étais rincée et d’une humeur massacrante tous les dimanches soirs”, se remémore Laetitia, qui a toujours aimé manger frais et équilibré. “J’ai fini par arrêter de me prendre la tête. Le dimanche, je fais les courses très tôt le matin, puis deux heures de cuisine, et après, je me la coule douce : poulet rôti et patates du marché à midi ; tartines dinatoires le soir”.

La semaine, la maman flexitarienne dégaine régulièrement galettes bretonnes et pizzas bio. Même approche dilettante chez Jasmine, qui pioche les recettes qui lui plaisent de temps en temps dans son livre de batch cooking. “Tant pis si on dîne standard le reste du temps ; après tout, je ne suis pas seule à manger”, expédie la secrétaire de direction, mère de trois adolescents.

Et pour les célibataires ? “Tout le monde peut profiter de cette discipline”, avance Orathay Souksisavanh, qui a délibérément consacré son ouvrage aux lunch box, les gamelles du déjeuner. A moins d’avoir une cantine healthy proche du bureau – et le budget qui va avec – et une vie mondaine trépidante le soir – plus de trois dîners dehors sur sept, les personnes motivées par une alimentation saine finissent par se pencher sur l’option batch cooking. Parfois même intuitivement, sans en avoir entendu parler !

L’argument nutritionnel fait passer la pilule

“Il n’y a pas de mystère, qui veut augmenter sa consommation de légumes frais au quotidien devra sacrifier du temps en cuisine, batch cooking ou pas”, pointe Orathay Souksisavanh. “Même au restaurant, il est compliqué d’obtenir une assiette végétale qualitative”.

Un point de vue largement partagé par les professionnels de la nutrition qui plébiscitent massivement le batch cooking. “Certains aliments réchauffés affichent un indice glycémique un peu plus élevé et une légère modification de leur matrice nutritionnelle mais ces bémols sont si faibles au regard des avantages de l’approche”, estime Géraldine Person. La nutritionniste et naturopathe suggère d’ajouter crudités, persil frais, filet de citron et d’huile première pression froid pour réveiller la valeur nutritionnelle d’un plat réchauffé.

Au final, il faut accepter le fait que manger sainement entraîne un bouleversement du mode de vie. Tout comme la décision de faire du sport, de prendre soin de soi ou d’en finir avec les pensées toxiques, la motivation est essentielle pour faire bouger les lignes. En matière de mieux vivre, rien ne tombe tout cuit dans le bec.

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