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Lena Dunham : son discours bouleversant sur l’infertilité des femmes

La réalisatrice de la série Girls publie dans le Haper’s Bazaar américain un texte poignant sur l’infertilité féminine, son long et infructueux parcours de PMA et sa décision de subir une hystérectomie à 31 ans, après des années de lutte contre une endométriose aigüe.

«Le jour où j’ai perdu ma fertilité, j’ai commencé à vouloir un enfant.» Ainsi commence le texte publié cette semaine par Lena Dunham dans le numéro de décembre du Harper’s Bazaar américain. Cette phrase, éminemment intime, des millions de femmes pourraient aujourd’hui la prononcer. À travers le récit de son long parcours médical, Lena Dunham aborde tout haut les sujets qui font souffrir tout bas les «femmes en âge de procréer». La lutte contre une souffrance invisible et méconnue – l’endométriose, mal qui touche 10% d’entre elles en France selon l’Inserm. L’impossibilité, liée à sa maladie, d’avoir des enfants – suite à des crises aigües, elle a d’abord dû subir l’ablation d’un ovaire, puis une hystérectomie. L’espoir qui renaît – avec la possibilité de féconder ses propres ovules par FIV, et d’avoir recours à une mère porteuse, ce qui reste une option légale outre-Atlantique. L’angoisse extrême dans laquelle ce parcours, que tant connaissent, la place. L’attente devant le téléphone. L’intuition du résultat négatif, décelé à l’intonation du médecin. «Nous aurions aimé vous donner des nouvelles différentes…»

Et la solitude, enfin, quand son petit ami, au départ très «supportive», la quitte au milieu du parcours, ou quand le contact des autres – que peuvent comprendre ceux qui n’ont pas vécu une telle épreuve ? – devient presque insupportable. Cette solitude la mènera à rencontrer mille âmes inconnues mais finalement plus proches d’elle par leur propre expérience. Elle découvre alors un océan de communautés, groupes de soutien, pages Facebook de femmes qui, chacune à sa façon, affrontent l’épreuve. Un monde où l’on parle de procédures d’adoption, de fausses-couches, du deuil souvent impossible de cet enfant qui ne viendra pas.

Devenir femme autrement

De cette découverte, naît une révolte. «Car si ces femmes se sentent trahies par la science, par leur propre corps, elles le sont encore davantage par l’incapacité de la société à leur donner un autre rôle et une autre place que celle de mère», martèle la jeune femme. «Comme il y a plusieurs façons d’être mère, n’y a-t-il pas plusieurs façons d’être femme ?», questionne-t-elle. Comment s’inventer un autre destin ? D’autres façons de se projeter, de se créer, de transmettre ? Un autre lien ? Pourquoi personne n’évoque-t-il la liberté restreinte qu’impose aussi la maternité, le nombre de rêves écornés par «sacrifice» pour ses enfants, l’horizon limité des parents investis ? Comment aborder la question de la transmission et de la finitude, quand on comprend que la vie va s’interrompre brutalement après soi ?

Les questions que soulève Lena Dunham sont abyssales. Parce que les salles d’attente de médecins sont emplies de couples anxieux de savoir s’ils seront un jour parents. Et parce que traverser ces épreuves demande, à un moment ou un autre, d’en accepter l’issue, quelle qu’elle soit. Pour toutes ces raisons, il est tellement important de dire aux femmes, comme le fait Lena Dunham : «I am bigger than my body gives me credit for», «je suis plus grande que ce que m’accorde mon corps.»

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