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Le monde de la culture « en guerre contre la barbarie »

  • Samuel Paty, professeur d’histoire géo, a été décapité ce vendredi à Conflans-Sainte-Honorine, après avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet publiées dans l’hebdo satirique Charlie Hebdo.
  • « En assassinant odieusement Samuel Paty, professeur qui défendait la liberté d’expression, c’est aussi la culture française qui a été attaquée », a déclaré la ministre de la culture, Roselyne Bachelot sur Twitter.
  • D’Omar Sy à l’académie Goncourt en passant par Philippe Val, de nombreuses personnalités de la culture et des médias ont réagi sur les réseaux sociaux.

Comme le reste de la France, le monde de la culture et des médias est sous le choc. « En assassinant odieusement Samuel Paty, professeur qui défendait la liberté d’expression, c’est aussi la culture française qui a été attaquée », a déclaré la ministre de la culture,
Roselyne Bachelot sur Twitter. Et de poursuivre : « Il enseignait que la caricature fait partie de notre culture. Nous poursuivrons ce combat. » Alors qu’un hommage national doit avoir lieu ce mardi, de nombreux artistes et personnalités ont défendu sur les réseaux sociaux l’idée que la culture et « l’école de la République » sont des remparts contre « barbarie ». Florilège.

« Il ne s’agit pas d’une “guerre des civilisations”. C’est une guerre de la barbarie contre la civilisation », a commenté le journaliste, écrivain, et ancien directeur de Charlie Hebdo Philippe Val, dans les colonnes du Journal du dimanche, qui a rappelé que « la plupart d’entre nous doivent à quelques profs la pose des premières pierres à notre construction personnelle.

« Combattre l’obscurantisme en suscitant le débat d’idées »

L’Académie Goncourt a tenu à exprimer « sa vive émotion, son indignation, sa profonde tristesse et sa colère », solennellement dans un communiqué officiel. « Samuel Paty est mort parce qu’il a tenté de combattre l’obscurantisme en suscitant le débat d’idées au sein de ses classes. Samuel Paty est mort pour avoir porté haut ce qui fonde notre société, notre État et notre République, à savoir l’exercice du sens critique, la liberté d’expression et d’opinion, l’éveil des consciences, la promotion des idées humanistes », écrivent les jurés de Drouant.

Et de poursuivre : « Samuel Paty a été livré par quelques-uns à la vindicte d’illuminés, à la haine sanguinaire d’ignorants fanatiques, et cela même parce qu’il vivait et faisait son métier dans notre pays, dans une de nos villes, dans une de nos écoles. Samuel Paty est mort en tant que professeur et c’est donc à travers lui tous les professeurs que les islamistes ont tenté de tuer. »

« La classe est un sanctuaire »

« La classe est un sanctuaire et il ne faut jamais briser celui-ci », a également souligné Yassine Belattar, né à Conflans-Sainte-Honorine. « Qu’un parent d’élève s’indigne sur les réseaux à défaut d’en parler avec le professeur concerné, raconte une époque. (…) Qu’avons-nous mal fait pour que vous puissiez croire que s’en prendre à un professeur de la sorte est une solution ? J’ai honte, non pas de ce que j’ai fait, mais j’aurais honte de ne rien faire », s’interroge l’humoriste du Golden Comedy Club.

« Je suis français de confession musulmane et mon indignation est similaire voire plus importante que la vôtre », écrit-il, avant d’inviter « les Français de confession musulmane à ne pas se justifier mais à protester. » « Se taire, c’est laisser faire. Il faut être juste et ferme avec ceux qui veulent séparer les Français et il y en a des deux côtés. (…) Réparons donc vite cette relation, c’est une blessure grave mais nous nous relèverons… ensemble évidemment », conclut Yassine Belattar.

« Dans quel monde vit-on ? », s’interroge de son côté le chanteur M. Pokora, qui adresse sur Twitter « une pensée pour nos enseignants partout en France. Vous êtes si importants pour nous. MERCI »

« Notre république et notre sens critique reposent sur la transmission »

« Atterré, choqué et consterné par l’assassinat de Samuel Paty. La liberté de pensée inscrite au fronton de notre république et notre sens critique reposent sur la transmission et l’acquisition des savoirs. », a tweeté Jamy Gourmaud, l’ex-animateur de C’est pas sorcier.

« Oui il faut apprendre. Tout dire, tout enseigner à l’école. La laïcité, la liberté d’expression, les valeurs qui fondent notre République. Il faut être intraitable. Bravo à tous ces professeurs qui remplissent cette mission essentielle tous les jours, des héros », a renchérit l’animateur Christophe Beaugrand.

Les journalistes Leïla Kaddour et Ali Baddou ont aussi employé le mot-dièse #jesuisprof pour clamer leur amour de « l’école de la République ». « L’enfant de l’école de la République que je suis a le cœur lourd », résume Leïla Kaddour. « J’aime plus que jamais l’école de la République », a insisté Ali Baddou.

« Le fanatisme est un monstre »

De nombreuses personnalités ont utilisé des citations de grands auteurs pour manifester leur émotion. L’acteur Omar Sy a ainsi partagé une citation du philosophe Voltaire, toujours, hélas, d’actualité : « Le fanatisme est un monstre qui ose se dire le fils de la religion. »

Le chroniqueur du 28 Minutes sur Arte,
Xavier Mauduit a choisi un extrait de la correspondance de l’historien Marc Bloch à son confrère Lucien Febvre, datée du 10 mai 1941 : « Longuement nous avons combattu de concert, pour une histoire plus large et plus humaine. La tâche commune, au moment où j’écris, subit bien des menaces. »

Michèle Laroque s’est servie des mots du poète Paul Eluard : « Le tout est de tout dire et les mots me manquent. » L’écrivain
Laurent Binet a sélectionné une citation de l’auteur du Naufrage des civilisations, Amin Maalouf : « Je ne voulais pas croire que le destin m’avait fait naître dans une maison déjà promise à la désolation. »

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