Lifestyle

Ces français qui refusent de se confiner

Alors que l’on dénombre près de 40 000 contaminations par jour, certains français ont pris le parti de poursuivre une vie normale en dépit des consignes données par le gouvernement…

Annoncer un confinement ne suffit pas toujours à le faire respecter… Depuis la mise en place de nouvelles mesures sanitaires, les récalcitrants se comptent à la pelle. « Mettez le nez par la fenêtre, vous verrez bien. C’est simple, on dirait une journée normale, sans virus, sans restriction » s’agace Lucile, parisienne de 31 ans dont la compagne ne cesse de la tanner pour reprendre les apéros entre amis. « Le couvre-feu, je comprends qu’on soit tenté de ne pas le respecter mais le confinement, c’est quand même du sérieux ». Après une énième dispute sur le sujet, Lucile a fini par céder. « On a coché la case  ” assistance à une personne vulnérable ”  et on est allé diner chez des potes, aller-retour en VTC. On était sept et tout le monde avait une soi-disant bonne excuse ». La solitude, l’impression que cela ne s’arrêtera jamais, la thèse complotiste selon laquelle il y aurait bien plus de place à l’hôpital que ce que le gouvernement ne prétend… la liste de justification est sans fin quand il s’agit de s’octroyer quelques petites libertés vis-à-vis du protocole sanitaire. « Il y a aujourd’hui, le sentiment que l’on doit faire le deuil de notre liberté, celle de se déplacer, de voir du monde et ce deuil apparait insupportable a beaucoup de personnes. Elles ne parviennent pas à s’y résoudre. Viennent alors, comme dans tout processus de deuil, la colère et la rébellion, la non-acceptation de la situation. C’est humain » explique Antoine Spath, psychologue clinicien.

Salle de sport clandestine

À Rouen, une ville particulièrement touchée par la pandémie, Johan et Célia ont mis à disposition de leurs amis, une mini salle de sport clandestine dans leur maison. Accros aux squats et aux cardio, le couple s’était équipé à la sortie du confinement en mai dernier. « Deux mois, sans entraînement, on avait perdu du muscle, pris du gras, hors de question de vivre la même chose une deuxième fois » explique le jeune homme de 24 ans qui tient absolument à nous envoyer une photo de son corps d’Apollon. Après le boulot, ils reçoivent leurs amis du club de gym, pour des séances d’entraînement illégales. « On sait qu’on n’a pas le droit, mais on est tous clean et puis, Célia et moi, on n’habite pas loin d’un hypermarché alors si les potes se font contrôler sur le retour, ils n’auront qu’à dire qu’ils faisaient les courses » argumente Johan. À l’autre bout du fil, impossible de ne pas deviner son sourire satisfait. « On est révolutionnaire à 20 ans et on est conservateur le reste de sa vie » s’amuse Antoine Spath. « Il y a dimension d’opposition qui est liée à l’adolescence et à la post adolescence, c’est une manière de se différencier, de jouer avec les limites et le risque, même si avec la Covid, le risque est moins élevé pour les vingtenaires. Croyez bien que si c’était Ebola, ils seraient moins tentés de faire la fête ». Pour Johan, c’est bien la prise de risque qui l’amuse. « Oui, c’est vrai, on a l’impression de faire de la résistance » confie-t-il.

Galerie: Les meilleures réactions des internautes face au couvre-feu (Oh My Mag)

Des soirées illégales dans des maisons de location

Et pour grappiller quelques espaces de liberté, ces Jean Moulin du Covid sont prêts à tout. Comme en témoigne Karim*, chauffeur VTC. « Faut pas croire que ma recette, je la fais avec des travailleurs de première et deuxième ligne. Chaque semaine, je fais au moins dix à douze courses pour emmener des gens en soirée. Et pas des petits apéros de trois personnes, des vraies soirées ! » appuie-t-il. « Le plus souvent, c’est des locations AirBnb en banlieue parisienne, dans des maisons stylées. Il y a de l’alcool, du son et beaucoup de monde ! ». Les bons plans s’échangent sur les réseaux sociaux ou via l’application de messagerie WhatsApp. « Quand je leurs demande s’ils n’ont pas peur, ils disent qu’il n’y a pas de contrôle et puis qu’ils ont bien le droit de s’amuser un peu et que dans le métro, le matin, ils risquent bien plus d’attraper le virus qu’en soirée. » confie Karim.

« L’ambivalence des politiques rend les mesures difficiles à appliquer »

Aller travailler mais ne plus voir ses amis, un paradoxe difficile à intégrer pour de nombreux français. « Il y a une grande confusion chez beaucoup de personnes. De plus en plus de gens sont dubitatifs sur les mesures qui sont prises, les informations qui sont données, la situation globale, c’est ce qui explique qu’il y ait une espèce de fronde chez une partie de la population » explique Antoine Spath, « L’ambivalence des politiques entre la volonté de sauver l’économie et l’injonction à rester en bonne santé rend les mesures difficiles à appliquer ».

À Paris, une personne est contaminée toutes les 30 secondes, 4 000 personnes sont actuellement en réanimation et pas seulement des personnes âgées comme le rappelait le chef de l’État, le 28 octobre dernier. Alors qu’Anne Hidalgo souhaite interdire la livraison et la vente à emporter de plats et de boissons dès 22 heures, à partir de vendredi, Paris entend bien rester une fête et le reste de France aussi.

Source: Lire L’Article Complet