"Ce film a eu une vertu thérapeutique" : rencontre avec Guillaume Canet, de retour en salles avec "Lui"

Acteur, réalisateur, scénariste, producteur, Guillaume Canet est un homme aux multiples casquettes du cinéma français. Après des premiers pas au thêatre, il se fait remarquer pour la première fois au côté de Leonardo DiCaprio dans La plage, en 2000. Il obtient la consécration en 2006 avec Ne le dis à personne et le César du meilleur réalisateur. 

Avant de revenir bientôt avec Astérix et Obélix l’empire du Milieu, le réalisateur débarque en salles avec Lui, mercredi 27 octobre. Guillaume Canet, Virginie Efira, Laetitia Casta, Mathieu Kassovitz sont à l’affiche d’un film qui raconte l’histoire d’un compositeur en mal d’inspiration. Ce dernier vient de quitter femme et enfants et il pense qu’il va pouvoir se ressourcer loin de tout. 

franceinfo : Son seul réel compagnon, finalement, c’est un piano qui est totalement désaccordé. Et ce tête-à-tête avec lui-même est un peu une caisse de résonance avec la vie de tout le monde.

Guillaume Canet :  C’était ça le point de départ du film. C’était aussi cette période très compliquée, de ce confinement où beaucoup de gens se sont retrouvés un peu dans une introspection. Parce qu’il n’y avait pas de travail, pas d’activité. Et on se retrouve face à soi-même, avec sa famille, avec certains doutes, certaines angoisses. Et j’ai connu cette période-là aussi. Et du coup, je pense que la maturation de plusieurs années où j’ai refusé de regarder certaines choses en face, je me retrouvais à ne plus pouvoir me noyer dans le travail. Ça m’a permis tout d’un coup de faire sortir certaines choses qui m’étaient personnelles, mais qui, je le savais, allaient parler à tout le monde parce qu’on a tous vécu de près ou de loin cette remise en question. 

L’écriture, elle vous a un peu réconcilié, elle vous a fait du bien ? Il y a un côté journal intime.

Exactement, c’était une manière de m’exprimer, de m’adresser à lui, à ce double, à ce connard, comme je l’appelle, en lui demandant de me laisser tranquille, d’arrêter de me tirer vers le bas. Depuis des années, cette petite voix qu’on a en soi et qui, des fois vous malmène, vous rend jaloux, vous rend aigri, vous rend malheureux alors que vous n’avez pas de raison. Et il se bat, ce connard, avec un autre être plus bienveillant, plus sympathique, plus souriant. Et donc, au départ, c’était juste le fait d’écrire comme ça, une libération. Et puis après, je me suis dit ‘Tiens, ça pourrait être une pièce de théâtre’. Puis c’est devenu un film. Au fur et à mesure, il y a des personnages qui sont venus se greffer à ça. Il y a eu ce poème de Rumi que j’ai lu, que Marion m’avait fait lire et qui raconte tellement bien comment il faut accueillir finalement toutes ces émotions, comme des guides venus d’ailleurs pour vous apprendre quelque chose. 

« Une angoisse qui surgit, elle est là pour une raison. Il faut essayer de l’identifier sinon on reste avec un bagage, avec un traumatisme qu’on a sûrement depuis l’enfance. »

à franceinfo

Vous dites que ce film n’est pas autobiographique, mais que c’est le film le plus personnel que vous ayez fait jusqu’à aujourd’hui. Et pourtant, il y a beaucoup de vous dans ce film.

Bien sûr, parce qu’il y a des choses très personnelles, parce que je prête aux personnages des éléments de ma vie, des choses que j’ai pu vivre.

Est-ce que ce film, finalement, change votre regard aujourd’hui sur la vie, sur vous-même. On est totalement le miroir quand vous vous regardez le matin dans la glace ?

Oui, oui, totalement. Parce que c’est vrai que ce film a une vertu thérapeutique, si je puis dire. En tout cas, pour moi, il l’a eue. Et d’ailleurs, les gens qui viennent me voir à la fin du film me disent vivre cette dualité et que ça leur fait beaucoup de bien de voir ce film. Parce qu’ils comprennent aussi que finalement, on est ni l’un ni l’autre. En fait, on a une tierce personne, et que ces deux personnages qu’il faut réussir à temporiser et à écouter, il faut prendre ce qu’il y a de bien à prendre ou pas. Ça a été très bénéfique pour moi d’écrire tout ça et de comprendre effectivement que finalement, c’est être un peu néfaste. Il m’a aussi beaucoup apporté dans ma vie et m’a permis d’être très exigeant, d’être très pointilleux sur certains points. Et je n’aurais jamais fait le travail et les films que j’ai fait jusqu’à présent si je n’avais pas eu ce double en moi.

Il est question aussi du regard du père dans ce film. Il était comment, votre père ? Qu’est-ce qu’il vous a transmis ? 

Il m’a transmis plein plein de choses. Il était formidable. Il est toujours formidable. J’ai la chance qu’il soit toujours là, mais il y a des choses qu’il ne m’a pas dites. Tout ce que je raconte et ce dont je parle dans le film, ce sont des choses, des discussions que j’ai eues avec mon père et qui m’ont fait beaucoup avancer. Mais vous savez, c’est très difficile d’être parfait comme père et je découvre au fur et à mesure du temps ce que mon père aussi a vécu et que ce n’est pas évident d’être un bon père et d’être parfait. Qui est un bon père ? Qui sait exactement ce qu’il faut dire, à quel moment ? Comment le dire ? On ne sait pas tout le temps ce qui se passe dans la tête d’un enfant. C’est ce qu’on dit aussi dans le film.  Je pense que si je suis là aussi aujourd’hui, c’est grâce à lui. Grâce à ma mère aussi, qui m’a très bien éduqué.

« On apprend beaucoup aussi de tout ce que notre père ne dit pas. »

à franceinfo

Ce qu’ils ne m’ont pas apporté, je l’ai pris ailleurs. Vous savez, il y a des études extraordinaires qui tendent à montrer que les enfants ne devraient pas être éduqués par leurs parents parce qu’il y a un affect qui fait qu’on n’apprend pas. D’ailleurs, quand on veut apprendre à jouer au tennis ou à faire du vélo à son fils, on s’engueule tout le temps avec eux parce qu’ils ne veulent pas. Ils préfèrent apprendre avec un pote ou avec un prof, mais pas avec les parents. Souvent, c’est problématique. En fait, je pense qu’il faut être là, savoir être là quand il faut, et bien et donner beaucoup d’amour et de compréhension et d’écoute et essayer de donner ce qu’on a à donner et de ne pas en vouloir à l’enfant quand il n’a pas envie de prendre.

Passer d’un film aussi personnel à  Astérix et Obélix, c’est ce qu’on appelle un grand écart. Comment on gère ?

C’est très agréable. En tant que technicien du cinéma, parce qu’on passe d’un genre à un autre, on a une autre ambiance, on a une autre écriture, on arrive à notre atmosphère et c’est très agréable. J’ai toujours aimé faire des films très différents et j’aime ça en tant que spectateur. J’aime être surpris moi-même, en fait, donc c’est très agréable.

À la fin de Lui, le piano est enfin accordé. Est-ce que vous vous êtes enfin accordé à vous-même ?

Je commence à avoir les outils pour accorder le piano. J’ai trouvé les outils. Maintenant, je l’accorde doucement et je sens que ça commence à faire du bien à mes oreilles.

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