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Ballonnements, douleurs gastriques : comment soulager les troubles fonctionnels digestifs ?

Lourdeurs gastriques, ballonnements intestinaux, douleurs abdominales… Ils nous gâchent la vie au quotidien. Heureusement, un régime alimentaire adapté permet de les minimiser. Le Pr Jean-Marc Sabaté, gastro-entérologue à l’hôpital Avicenne de Bobign et auteur de Intestin irritable (éd. Larousse) nous éclaire sur la question.

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Les troubles digestifs fonctionnels sont nombreux et se caractérisent par l’absence de maladie associée : ni anomalie des muqueuses digestives, ni ulcère, ni cancer… Ils interviennent parfois à la suite d’une infection du tube digestif, gastro-entérite par exemple. Quand ces troubles sont anciens et n’évoluent pas, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. En revanche, si les troubles s’aggravent ou s’accompagnent d’une altération de l’état général (fatigue, perte de poids injustifiée), il est prudent de consulter son médecin… à fortiori en cas d’antécédents familiaux de cancer digestif.

La dyspepsie et le syndrome de l’intestin irritable, les troubles fonctionnels digestifs les plus fréquents

Il est difficile de connaître précisément leur incidence, car toutes les personnes concernées ne consultent pas. On estime que la dyspepsie, qui correspond à des troubles ressentis au niveau de l’estomac (brûlures, pesanteurs, nausées…), affecte 5 à 10% des adultes. Une proportion identique de la population est concernée par le syndrome de l’intestin irritable (SII), défini par des douleurs abdominales, survenant au moins une fois par semaine et depuis au moins 6 mois. Un phénomène associé à des troubles du transit, diarrhée ou constipation (ou les deux en alternance).

Des symptômes favorisés par le stress, l’anxiété ou la dépression

Le mode de vie n’est pas à l’origine de l’apparition d’une dyspepsie ou d’un SII. Mais, une fois ces troubles installés, il peut avoir un impact sur la survenue ou la sévérité des manifestations digestives. Par exemple, le stress, l’anxiété ou la dépression favorisent, entretiennent ou renforcent certains symptômes. Une surcharge pondérale localisée au niveau de l’abdomen est propice au reflux gastro-oesophagien. La prise des repas ou la consommation de certains aliments déclenche ou majore les troubles digestifs des deux tiers des patients.

Fractionner ses repas

Tout d’abord, privilégier des repas de petit volume de façon à prévenir la sensation de pesanteur gastrique. Et ne pas hésiter à faire des collations, à décaler de 2 à 3 heures. Ensuite, limiter les graisses, en particulier les corps gras cuits, qui freinent l’évacuation de l’estomac : charcuteries, viandes en sauce, aliments frits… Préférer les cuissons à la vapeur ou en papillote et n’ajouter au dernier moment qu’un filet d’huile ou une noisette de beurre. Modérer aussi le café (qui freine la vidange gastrique) et les épices les plus agressives : piment, poivre, gingembre. Enfin, bien mastiquer les aliments et surtout prendre son temps à table, de façon à s’arrêter dès les premiers signes de rassasiement.

Un régime personnalisé pour le syndrome de l’intestin irritable

Le régime doit être personnalisé en fonction de la tolérance de chacun, de sa vie sociale et d’éventuelles carences. Les conseils ci-dessus sont également valables : l’excès de graisses peut augmenter la douleur ou les gaz, et bien mastiquer permet de pré-digérer (grâce à la salive) l’amidon du pain ou des féculents, qui aura moins de chance d’être fermenté dans le côlon et d’occasionner des ballonnements. Les fibres sont importantes pour réguler le transit, mais les plus irritantes d’entre-elles peuvent être éliminées : son de blé, aliments céréaliers complets, légumes secs, fruits à coque, certains légumes tels que les choux, l’oignon, le céleri…

Le régime Fodmaps donne de bons résultats

Ce régime devenu très populaire a été mis au point par une équipe de chercheurs australiens, qui estiment, d’après leurs études, qu’il est efficace pour deux tiers des personnes souffrant du SII. D’autres travaux concluent à son intérêt dans 50% des cas. Il consiste dans un premier temps à éliminer tout aliment contenant des glucides susceptibles d’être fermentés dans le côlon : lactose (lait, fromages frais, desserts lactés), fructose (certains fruits et les produits sucrés), polyols (bonbons, chewing-gums et chocolats sans sucre) et fructanes (blé, épeautre, orge, seigle, légumes secs). S’il ne soulage pas les symptômes dans un délai de 2 à 4 semaines, il est inutile de persévérer. Dans le cas contraire, il faut réintroduire chaque glucide éliminé, un par un et très progressivement, de façon à identifier ses réelles intolérances. Ce régime à mettre en application avec l’aide d’un diététicien est contraignant. Mais compte-tenu du soulagement apporté, certains patients sont prêts à s’y tenir.

Doit-on supprimer le gluten ?

Quelques études suggèrent que les personnes souffrant du SII sont plus souvent affectées d’une maladie cœliaque ou d’une hypersensibilité au gluten, ce qui nécessite de supprimer le gluten. Beaucoup de patients décident d’eux-mêmes de tenter le régime (pourtant astreignant !). Mais auparavant, il est important de consulter son médecin de façon à rechercher une maladie cœliaque : car une fois commencée l’exclusion du gluten, le diagnostic est difficile à réaliser. Et puisque la maladie peut avoir des complications graves, il faut pouvoir la dépister. Chez des personnes tolérant le gluten, l’amélioration apportée par le régime peut s’expliquer par le fait que l’exclusion des céréales sources de gluten, notamment du blé, s’accompagne d’une réduction de l’apport de fructanes (fodmaps).

Bien s’hydrater en cas de constipation

Il faut veiller à avoir une hydratation correcte (1,5 l de boissons par jour, éventuellement sous forme d’une eau minérale riche en magnésium) et un apport suffisant de fibres. Parmi ces dernières, les mieux tolérées sont les fibres dites « solubles », présentes par exemple (sous forme de pectine) dans la carotte, la courgette, l’aubergine, le potiron, l’abricot, la banane, la pomme, l’orange. Les graines de psyllium (ou isphagul), riches en mucilages, peuvent constituer un complément de fibres « douces ».

Des probiotiques pour réduire les gaz et les ballonnements

Jusqu’à deux tiers des personnes souffrant du SII auraient un microbiote (flore intestinale) différent de celui des personnes qui n’en sont pas affectées. Des patients décrivent des changements de leurs troubles digestifs (aggravation ou amélioration) à la suite d’un traitement antibiotique qui détruit une partie des bactéries composant le microbiote. En outre, les chercheurs Australiens qui ont mis au point le régime pauvre en fodmaps, ont montré que ce mode alimentaire est susceptible d’appauvrir la flore intestinale. Il peut donc être judicieux d’avoir recours à des probiotiques, des micro-organismes ingérés vivants susceptibles de moduler la composition du microbiote. Les études existantes concluent globalement à un intérêt des probiotiques pour réduire les gaz et les ballonnements et parfois la douleur. En pratique, l’efficacité est variable (parfois inexistante) et chaque patient doit trouver le probiotique qui lui convient.

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Article paru dans le numéro Femme Actuelle Hors-série Santé d’octobre 2020

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