Célébrités

Nathalie Lévy : l'émouvant témoignage sur sa grand-mère

L’ancienne journaliste de BFM TV et d’Europe 1 est aussi une aidante pour une aïeule adorée mais dépendante. Elle raconte ce quotidien pas ordinaire dans un récit plein d’émotion. Son témoignage, à l’occasion de la Journée nationale des aidants, ce 6 octobre.

Restez informée

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire un livre (Courage au coeur et sac au dos, éd. du Rocher) sur votre grand-mère ?

N. L. J’avais la volonté de lui rendre hommage et de garder les souvenirs, les images, les dialogues entre nous. Je me suis toujours organisée dans ma vie professionnelle et personnelle pour passer le plus clair de mon temps avec elle. Cela a toujours suscité beaucoup de curiosité, on me demandait comment je m’organisais avec mon travail à la télé, ma fille, mon époux. J’ai réalisé qu’il y avait un intérêt et que je pouvais mixer deux aspects : raconter ce qu’elle est pour moi et aussi notre schéma familial, qui est peut-être en train de devenir un modèle majoritaire dans un futur pas si lointain compte-tenu du vieillissement de la population.

À partir de quel moment avez-vous cessé d’être simplement une petite-fille pour devenir une aidante ?

N. L. On s ‘occupe de mamie dans un ballet à trois, ma tante, ma mère et moi. On s’y est inscrites très naturellement, depuis des années. J’avais environ 20 ans quand les choses ont commencé à s’inverser. Avant, ma grand-mère me conduisait et c’est moi qui ai pris le volant, puis je me suis mis à lui laver les cheveux, lui préparer à dîner, l’emmener en vacances…

Le grand âge venant, ce rôle est-il devenu de plus en plus prenant ?

N. L. Évidemment. Je viens le matin – j’ai toujours travaillé en horaires décalés –, je lui prépare à manger, je lui tiens compagnie. Jusqu’à ce que le coronavirus survienne, je lui lavais le dos, les cheveux et je restais avec elle jusqu’à l’heure où je devais repartir pour récupérer ma petite fille à l’école. Je revenais l’après-midi si je sentais qu’elle n’était pas bien ou contrariée, avant d’aller travailler. Les opérations et les accidents de santé ont fait qu’on a établi les choses de façon un peu plus précises à chaque fois. On a transformé une baignoire en douche, on a mis des poignées de sécurité un peu partout dans l’appartement ,qu’on a équipé en domotique pour la sécuriser. À 98 ans, elle vit encore seule chez elle, avec des auxiliaires de vie depuis la pandémie.

Vous avez choisi de ne pas la mettre en Ehpad. Est-ce que vous avez hésité ?

N. L. Non. Mamie a toujours vécu avec nous dans une grande proximité. Étant veuve précocement, elle s’est beaucoup occupé de ses filles et de ses petits-enfants. Il nous semblait inconcevable de ne pas lui rendre la pareille. Nous avons été élevés par cette grand-mère qui a toujours été une force, une personne extrêmement solaire et présente. Il n’était pas question de l’abandonner.

Comment s’est passé le confinement ?

N. L. Ça a été effroyable. Elle est tombée quelques jours avant le début du confinement, le 13 mars. J’arrive comme tous les jours vers 9 heures du matin. Je mets la clé dans la serrure et je crie « Mamie, c’est moi ! » Pas de réponse et soudain, je vois depuis l’entrée ses jambes allongées dans le couloir. Elle est consciente, j’appelle les pompiers. S’ils l’emmènent, le confinement étant imminent, on ne sait pas quand on la reverra. J’essaye par tous les moyens de les convaincre de ne pas le faire. Mais ils sont dans leur mission, ce que je comprends parfaitement, et ils finissent par la conduire aux urgences de Pompidou. Elle fait une infection pulmonaire, elle a une grande faiblesse cardiaque. Elle est transportée dans un autre établissement à Issy-les-Moulineaux. On ne peut quasiment pas lui parler au téléphone. Je fais déposer un téléphone filaire sur place. Il sera laissé à ses pieds et elle chutera une nouvelle fois sur le visage … Tout cela durera trois semaines avec trois hôpitaux différents. La crainte absolue qu’elle attrape le Covid-19 ne me quitte jamais.

Comment cela s’est-il terminé ?

N. L. Au bout de deux semaines, on nous dit qu’elle est en mesure de sortir même si elle est extrêmement fragile. Elle ne pèse plus que 25 kilos. On décide de l’installer chez ma mère. On fait livrer un lit médicalisé. Mais au bout de 48 heures, on s’aperçoit qu’elle n’urine pas, ça lui monte à la tête et elle est en grande confusion avec des crises nocturnes terribles, même de la violence verbale. Nous prenons la décision de rappeler les pompiers et elle est de nouveau hospitalisée. Cela durera encore huit jours avant qu’elle puisse rentrer chez elle.

Comment va-t-elle maintenant ?

N. L. Mieux. Elle n’a plus de confusion. Elle peut être assise une grande partie de la journée, ce qui n’était absolument pas le cas avant, où elle restait allongée 24 heures sur 24. Elle peut s’alimenter normalement. Elle a des envies, de l’appétit. On lui achète beaucoup de choses sucrées. Le gros point qui bloque encore, c’est que je n’arrive pas à la faire sortir. Elle a peur. Elle dit qu’elle est trop fragile et qu’elle va avoir trop mal.

Est-ce qu’il n’y a pas des jours où on en a marre ?

N. L. Si. Il y a des fois où a un sentiment de saturation. Pourquoi en est-on là ? J’ai tout fait, je ne peux pas faire plus. Alors, je pars en claquant la porte. De toute façon, je ne lui rendrai pas ses 50 ans. Il m’arrive d’être à bout.

En vous lisant, on comprend que vous avez tout le temps peur pour elle…

N. L. Oui, c’est vrai. J’ai voulu en parler avec des professionnels mais je n’ai trouvé ni la bonne personne, ni la patience de continuer. Dans cette famille, on garde le cap et on fait le dos rond. On a été éduqués comme ça. Mais cette peur viscérale pour elle est toujours là. Ce lien singulier qui m’unit à ma grand-mère, je ne saurais pas l’expliquer. On a eu un coup de foudre mutuel qui s’est joué aux premières heures de mon existence. Peut-être que tout l’amour qu’elle avait pour l’homme de sa vie s’est reporté sur moi. Et moi, j’ai sans doute trouvé avec elle, au-delà d’une grand-mère, une sorte de troisième parent, mon père étant souvent en déplacement quand j’étais gamine. C’est extrêmement fusionnel. J’avoue qu’il y a quelque chose d’assez inexplicable.

A lire aussi :

⋙ Aidants : 8 bonnes résolutions à prendre

⋙ Maisons de retraite : pensez aux Ehpad privés non lucratifs !

⋙ Le congé “proche aidant”, quèsaco ?

Nos meilleurs conseils chaque semaine par mail pendant 2 mois.
En savoir plus

Source: Lire L’Article Complet