Droits des femmes : les bracelets anti-rapprochement sont-ils efficaces en France ?

Jeudi 25 novembre 2021, le journal de 20 heures sur France 2 est revenu sur l’utilisation des bracelets anti-rapprochement. Un dispositif créé en fin d’année 2019 afin de lutter contre les violences conjugales.

  • Anne-Sophie Lapix

À l’occasion de la Journée internationale de la lutte contre les violences faites aux femmes, le journal de 20 heures de France 2, présenté par Anne-Sophie Lapix s’est interrogé sur l’utilité et l’utilisation des bracelets anti-rapprochement. Un dispositif mis en place pour venir en aide aux femmes ayant subi des violences conjugales qui permet de suivre à la trace celui qui le porte et la victime. Un appareil qui vérifie que « les hommes sous contrôle judiciaire n’enfreignent pas l’interdiction d’approcher ordonnée par le juge ». Dans le cas contraire, la plaignante reçoit un message l’invitant à prendre ses distances. La zone d’alerte étant de dix kilomètres et 20 kilomètres pour la pré-alerte et « s’il s’approche, il risque l’interpellation et l’incarcération », apprend-on. Alors que le fléau des violences conjugales est en hausse de 10% en 2020 en France, il est encore trop peu mis à disposition des personnes concernées.

Des critères d’attribution « variables »

Si les tribunaux « en ont un millier à leur disposition« , seulement « un tiers est aujourd’hui en fonctionnement ». Et ce, alors que les bracelets anti-rapprochement peuvent être attribués à tous les hommes « condamnés ou en attente de jugement » pour « des infractions passibles d’au moins 3 ans d’emprisonnement tels que les coups et blessures, viol ou encore menaces de mort ». Quant aux critères d’attribution, « ils sont variables d’une juridiction à l’autre ». Procureur de la République à Dijon, Eric Mathais explique n’avoir remis que six de ces bracelets sur 800 dossiers de violences conjugales par an. Selon lui, ce dispositif peut porter atteinte à la liberté de la victime comme de l’auteur en raison de la géolocalisation permanente. Ainsi, il ne les attribue qu’ « aux situations les plus dangereuses ». Et ce, alors que Catherine Galen, procureur de la République de Val de Briey (Meurthe-et-Moselle) tente de faire « le nécessaire » dès qu’une victime éligible en fait la demande « même en l’absence de violence physique ».

« C’est une question de vie ou de mort »

Pourtant, cet outil surnommé BAR est devenu indispensable pour certaines femmes. « Je l’ai toujours sur moi : jour et nuit. Je dors avec », confie l’une des victimes aux caméras de France 2. Et pour cause. Jamais les plaintes déposées n’ont dissuadé son bourreau de s’éloigner d’elle jusqu’au jour où il a été mis en examen pour viol et tentative de meurtre sur elle. La jeune femme qui a accepté de témoigner anonymement est convaincue que « ce dispositif permet d’éviter des drames » comme celui qu’elle a vécu. « Il a pu casser ma porte d’entrée et monter, m’agresser et me violenter pendant 50 minutes. J’ai dû subir ça puisque toutes les mesures qu’on avait mises en place avant n’étaient pas suffisantes », confie-t-elle. Avant de s’estimer chanceuse « de pouvoir être là » et d’avoir réussi à se débattre. Toutefois, elle estime que si elle avait eu ce dispositif « la fameuse nuit de mon agression » il n’y « aurait pas eu d’agression ». « Donc évidemment qu’on a besoin de ce bar pour se sentir en sécurité et pour pouvoir tout simplement être en vie. On en est là ! C’est une question de vie ou de mort« , conclut-elle.

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