Célébrités

Annie Cordy, le clown était une femme amoureuse

Annie Cordy incarnait la joie de vivre et son cœur battait à cent à l’heure pour Bruno. Elle vient de le rejoindre.

Tous peuvent en témoigner. Dave, Sheila, Enrico Macias, Line Renaud, Marie-Paule Belle. Elle était toujours là pour les autres. Un coup de fil, un message, une attention délicate, tel un soleil tourné vers l’extérieur. Il suffisait d’un passage à la télévision qu’elle regardait à Vallauris en compagnie de ses caniches blancs pour qu’aussitôt, avec sa fidèle nièce Mimi (Michèle Lebon), elle envoie un SMS affectueux. Le dernier date du 14 juillet, pendant le Concert de Paris sous la tour Eiffel. « Nous te suivons en direct, on se régale… On t’embrasse fort (à distance on peut) », signé Mimi et Annie. Annie s’en est allée après plus de soixante-dix ans à distiller sa bonne humeur sur toutes les scènes, les podiums, les plateaux de télévision, en quelque trois cents galas par an qui lui faisaient parcourir la France en tous sens, infatigable dispensatrice de bonheur et de joie de vivre.

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Combien de fois, lui ai-je fait raconter sa vie ! Sa naissance le 16 juin 1928 à Laeken – près du château royal où la saltimbanque deviendra baronne –, son enfance heureuse mais stricte entre un adorable père menuisier et une énergique mère épicière. Ils aiment la musique et l’inscrivent dans une école de danse pour fortifier son corps fragile et lui enseigner la rigueur. Les réputées sœurs Ambrosini n’hésitaient pas à manier la badine et Annie se souvenait des marques sur sa cuisse… Elle s’appelle encore Léonie Cooreman quand elle passe des radio-crochets en 1944. Les propositions ne tardent pas. Souvent, elle me relatait ses souvenirs avec Maurice Chevalier, qui venait l’applaudir dans un cabaret de Knokke, sur la côte belge. Il la surnommait « mon petit soldat ». « Partout où je me produisais, il réclamait la même place », m’avait-elle confié. Finalement, elle débarque à Paris pour mener la revue du Lido le 1er mai 1950. La coïncidence l’amusait : « Je suis arrivée le jour de la Fête du travail et depuis, je n’ai pas arrêté ! »

Le travail, c’était toute sa vie. A plus de 80 ans, elle continuait à faire ses étirements et ses exercices, se réjouissait de me prouver qu’elle pouvait encore lever les gambettes comme au temps du Lido, quand elle éblouissait Errol Flynn – elle m’a avoué s’être assise sur ses genoux – et jusqu’à Frank Sinatra – « la seule personne dans ma vie à qui j’ai demandé un autographe », assurait-elle. Et lorsque je lui demandais si elle comptait prendre sa retraite, elle me répondait invariablement : « Je suis une enfant de la guerre, pour moi retraite rime avec défaite… Je comprends que ceux qui ont eu une vie de dur labeur ou ont exercé un métier qu’ils n’ont pas choisi aspirent à leur deuxième vie, mais moi, j’ai tant aimé mon métier… »

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En France, Léonie est devenue Annie Cordy. « Le Lido voulait que je change de nom. Nini ne leur plaisait pas, car ça faisait un peu Nini Pattes en l’Air, alors j’ai choisi Annie. » C’est pourtant avec « Nini la chance » qu’elle est entrée dans la légende : un portrait musical inspiré par un article de presse de Jacqueline Cartier. « Nini la chance, on m’a toujours appelée comme ça. Ma veine à moi, c’est de prendre la vie comme elle va… La vie est belle quand on y croit comme moi. » Plus qu’un credo, une règle de vie.

Au fil de quelque 700 chansons dont d’immenses tubes comme « Tata Yoyo », « La bonne du curé », « Frida Oum papa », « Cho ka ka o », elle aura joué les rigolotes sur scène, mais peu voyaient les efforts acharnés, l’exigence pour atteindre la perfection jusque dans le choix des costumes de ses personnages. On comprend qu’elle ait fait les beaux jours des soirées télévisées des Carpentier dans les années 1970 et 1980, car elle a été l’une des rares artistes à savoir danser, chanter et jouer la comédie, toujours disponible pour former des duos et se lancer dans de folles aventures musicales avec Bourvil ou Luis Mariano, qui deviendront des amis. Elle reprendra aussi « Hello Dolly », porté en Amérique par Barbra Streisand, après s’être fait prier pendant sept ans – elle ne trouvait « pas le personnage très sympathique ».

Elle évoquait la perte des êtres chers : Charles Aznavour – « Charlot était comme mon frère » –, Bourvil, Luis Mariano… mais elle ravalait ses larmes

« Annie peut tout faire, elle sait tout faire et le fait bien », a dit d’elle Alain Delon. Elle a exploré tous les genres, y compris les rôles sérieux au cinéma « sans avoir pris de cours d’art dramatique », marquant les esprits dans « Le passager de la pluie », de René Clément, « Le chat », de Pierre Granier-Deferre, « Les herbes folles », d’Alain Resnais ou, plus récemment, le film bouleversant de Jean-Paul Rouve « Les souvenirs ». Son seul regret ? Ne pas avoir poursuivi ses études de solfège. « Dans une autre vie, je serai concertiste de piano ! » promettait-elle.

Ne jamais se plaindre. « Ça ira mieux demain, chantait-elle. Comme tout finira bien, il faut profiter du jour qui vient. » La seule fois où je l’ai vue pleurer, c’était à l’évocation de son mari, Bruno (François-Henri Bruneau), qui l’accompagna pendant quarante ans, disparu en 1989. « Je l’appelais papa car on avait dix-sept ans de différence, me rappelait-elle. Ensemble, on en a dévoré des kilomètres ! Il était marchand de ciment et il est devenu mon manager. Quand il n’aimait pas une chanson, je devais lui obéir et l’abandonner – ce fut le cas pour « La biaiseuse », qu’a reprise Marie-Paule Belle. J’ai même dû renoncer à une carrière outre-Atlantique car Bruno n’aimait pas la bouffe américaine ! Plutôt que de s’appesantir sur son sort, Annie allait de l’avant, c’était sa thérapie. Sa devise : « On a tous nos problèmes, je ne vais pas les ennuyer avec les miens et eux veulent oublier les leurs. »

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Un jour que je lui demandai quel avait été son rêve, elle me répondit : « Partager avec le public ma bonne humeur, mon envie de rire… Le mot “vedette” ne m’intéresse pas, encore moins “star” ; je suis simplement une artiste qui partage, ça s’arrête là. » Parfois, on avait pourtant envie de creuser. “Tata Yoyo, qu’est-ce qu’il y a sous ton grand chapeau ?” Plus que tout, elle voulait vivre sa passion et la communiquer, se réjouissant que les plus jeunes, deux générations après, reprennent en chœur ses chansons. Une chanson, m’a-t-elle avoué, la touchait particulièrement, comme si elle décrivait sa vie, « L’artiste » : « Le rire aux éclats, c’est dans mon contrat, tant pis si l’artiste est triste / Ma vie, mes amours / Passeront toujours / En supplément au programme / J’n’en demande pas plus / Je suis un gugusse / Bien avant d’être une femme / Mais ne croyez pas / Que j’ai malgré ça / Une vie meilleure ou pire / J’aime ce que je fais / Et je ne donnerais / Pas ma place pour / Un empire / Même si parfois / Ma maison, mon chien / Les fleurs du jardin / Me manquent / C’est que j’ai choisi / De risquer ma vie / Sur le fil des saltimbanques. »

En 2004, le roi des Belges, Albert II, l’anoblit et la titre baronne Cooreman

Sans doute l’absence de son cher Bruno, le manque d’enfants, cette vie de saltimbanque sur les routes, l’attente jusqu’aux bravos du lendemain, tout cela devait lui peser. Avec nostalgie, elle évoquait la perte des êtres chers : Charles Aznavour – « Charlot était comme mon frère » –, Bourvil, Luis Mariano… mais elle ravalait ses larmes. Le spectacle continue, « the show must go on ». Elle se voulait « une femme du présent », s’étonnant presque de sa longévité.

Ses chansons l’ont rendue éternelle, mais « Nini » n’a jamais oublié d’où elle venait. En 2004, le roi des Belges, Albert II, l’anoblit et la titre baronne Cooreman. Elle choisit alors un blason et une devise qui en disent long. Sur ses armoiries « parlantes », elle fait représenter un Jean qui rit, un Jean qui pleure, c’est-à-dire les masques de la commedia dell’arte, ainsi qu’un épi de blé qui personnifie le nom de son père, Cooreman, et deux lions pour celui de sa mère. Quant à sa devise, elle est inspirée de celle de la Belgique (« L’union fait la force »), puisqu’elle choisit « La passion fait la force ». Elle me révélait avec gourmandise comment, sur la Grand-Place de Bruxelles, au café Au Roy d’Espagne, elle retrouvait la reine Fabiola pour boire un chocolat chaud, « comme deux copines ». Et l’histoire qui la faisait le plus rire, s’agissant des têtes couronnées, la ramenait quelques dizaines d’années en arrière : invitée à se produire à l’occasion du mariage du prince Rainier avec Grace Kelly, en avril 1956, elle chantait et dansait « quand soudain, hop, en levant la jambe j’ai envoyé ma chaussure sur le prince, qui me l’a très aimablement rendue… » « J’ai toujours fait le clown, me disait-elle, c’est plus fort que moi, c’est ma nature profonde. » Le regretté Jean-Claude Brialy a dit d’Annie Cordy : « Elle est un arc-en-ciel qui chante toutes les couleurs. Elle jongle avec le rire, les larmes, le drame, le mime, la comédie. Annie change la vie en fête. » Elle n’aurait pas aimé qu’on la pleure ; elle préférerait qu’on la chante, elle qui nous a enchantés.

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