Angoisses, coming-out, famille : ce qu'Angèle dévoile dans son documentaire Netflix

Le documentaire Angèle, diffusé sur Netflix depuis le 26 novembre, lève le voile sur le parcours de la chanteuse belge. Si elle en maîtrise tous les aspects, il lève le voile sur certains pans importants de son histoire, et de son intimité.

«Qu’est-ce que je fous là ?» C’est une question qu’Angèle s’est beaucoup posé ces dernières années. Et que l’on entend souvent dans Angèle, le documentaire qui lui est consacré, diffusé sur Netflix depuis le 26 novembre en amont de la sortie de son deuxième album, Nonante-Cinq, le 10 décembre. Un film réalisé par Brice VDH et Sébastien Rensonnet, qui plonge à la fois dans des images d’archives, de concert ou du quotidien, des vidéos, des photos de famille, et où l’on voit la musicienne de 25 ans se replonger dans les journaux intimes qu’elle tient depuis l’adolescence.

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«Qu’est-ce que je fous là ?» : Angèle, depuis longtemps, cherche à trouver sa place. Dès l’enfance et l’adolescence, où, si elle aime jouer du piano, rechigne à faire de la musique son métier. Surtout face à l’extrême exigence et à la notoriété de son père, le chanteur belge Marka. Et à ceux qui, au collège et au lycée, ne s’adressent à elle qu’en tant que «la fille de» : dans le documentaire, sa mère la comédienne Laurence Bibot, Marka et leur fils, le rappeur Roméo Elvis, reviennent sur cet étrange retournement de situation qui a désormais fait d’eux les «parents» et le «frère de». On savait, via sa vie largement documentée sur Instagram, combien le cocon familial, amical et même animal est important pour Angèle : il est ici largement présent, notamment via «Mamy Pilou», grand-mère au fort caractère qui n’approuve pas forcément les crop-tops de sa petite-fille, mais ne peut s’empêcher d’admirer «quelle belle gamine» est devenue celle qui tourne des publicités Chanel.

En vidéo, le clip de « Bruxelles, je t’aime » d’Angèle

Angoisses et blessures

Joie et vertige de la célébrité, instants de doute comme de complicité avec ses managers, manque de confiance en soi et autodérision : Angèle a décidé de raconter elle-même son histoire, parce que «personne ne pourra [la] raconter aussi bien qu’[elle] ». De toute évidence, elle a ici le contrôle total de son récit. Mais y dévoile des pans importants de son intimité. Racontant sa «honte», à ses débuts, d’accorder trop d’importance aux nombres de ses abonnés sur Instagram et de vues sur ses vidéos, tout ce qui est «fake» mais constitue cette «fame» à laquelle elle a parfois du mal à s’ajuster.

Comme dans ses disques, sur lesquels plane toujours un voile de mélancolie, Angèle dévoile ses angoisses et ses blessures. Et c’est sans pouvoir retenir ses larmes qu’elle réécoute le message qu’elle laisse en 2017, en pleurs, à ses managers le jour où l’édition belge du magazine Playboy utilise, sans son accord, des photos d’elle dénudée. Des images qui expliquent peut-être pourquoi Angèle, jolie fille à qui sa mère a dit très tôt que sa beauté «ne suffirait pas» et qu’il faudrait «développer autre chose», se refuse depuis toujours à toute objectification, toute sexualisation. Dans le choc provoqué par les photos, et leur médiatisation, se trouve sans doute le germe de l’hymne que deviendra «Balance ton quoi».

Un « modèle LGBT »

Angèle, superstar ambiguë, ayant désiré le succès sans l’avoir vraiment anticipé et symbole involontaire d’un nouveau féminisme ? Le documentaire ne fait pas l’impasse sur les accusations d’agression sexuelle dont a fait l’objet son frère, Roméo Elvis, acte qu’elle continue de condamner mais à propos duquel certains l’ont épinglée : «C’était tellement violent et désolant de réaliser à quel point certains jubilaient de pouvoir me coincer, moi la féministe qui avait ouvert sa gueule», se souvient-elle. Un épisode après lequel, heurtée, elle n’est «pas sortie de chez elle pendant trois mois.»

La compositrice de Ta reine revient également sur son histoire d’amour avec une femme et sur ces médias qui l’ont «outée» (l’obligeant à prévenir en urgence une Mamy Pilou un peu perplexe), la réduisant, encore une fois, à sa sexualité. «J’ai réalisé assez tard que j’étais bi. J’avais 23 ans, je ne pouvais plus me mentir. Le truc avec ma situation, c’est que je n’ai pas seulement dû affronter mes proches, la peur de leurs questions, de l’incompréhension et du rejet, mais j’ai aussi dû affronter l’avis du public.»

Angèle possède cependant un réflexe de défense que le documentaire fait apparaître : de la même manière qu’après avoir été huée lors de ses concerts en première partie du rappeur Damso, elle a immédiatement décidé de se confronter au public, la Belge a fini par assumer cette image de «modèle LGBT» dont elle-même dit avoir cruellement manqué.

À écouter, le podcast de la rédaction

Angèle, «role model» malgré elle ? On peut aussi espérer qu’elle en constituera un aussi pour toutes celles qui, depuis leur chambre, écrivent quelques paroles, tâtonnent sur leurs claviers. Car Angèle montre aussi une musicienne au travail, butant sur un accord qui sonne faux, pestant contre un ordinateur qui rame, persuadée, certains jours, d’être «nulle» et de tourner en rond. Avant de finalement, trouver la mélodie, la note qui fait décoller une chanson. Ce sont peut-être celles qui la regardent aujourd’hui qui composeront les tubes de demain.

Angèle, de Brice VDH et Sébastien Rensonnet, 1h24, disponible sur Netflix

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